lundi 11 juillet 2011

Sémantique des caractères chinois


L'inversion des places Objet et Sujet en chinois

Les caractères chinois ou sinogrammes sont composés d'éléments que l'on appellent radicaux ou clefs. Ces radicaux ont un chacun un sens. En les combinant on obtient tous les caractères chinois.

Certaines combinaisons sont plus cocasses que les autres. Certaines sont sont sélectionnées ci-dessous.

 (porte) +  (barre) =  barre en travers de la porte (barre de porte, verrou)

Une fois que l'on a sourit, réfléchissons sur l'effet produit par cette combinaison.

Le caractère  semble représenter une porte stylisée. De même, le caractère   représente ce qu'est une barre.  Nous sommes donc enclins à considérer que ces deux caractères représentent des objets.

Cependant, l'ajout de     à     se définit comme une opération que les grammairiens nomment une "attribution".  En s'attribuant une   , La porte  闩  se différencie de la porte . Il y a plus qu'une attribution, il a une action opérée par l'attribut : "la barre bloque la porte".

Ramené au modèle "un Sujet agit sur un Objet", le caractère     devient le Sujet de l'action, et le caractère   devient l'Objet de l'action. La réunion des deux caractères 闩 prend le sens d'une Action : "bloquer".

Dans une phrase française, dans le cas général, le Sujet précède l'Objet :

" La barre (Sujet)  bloque la porte (Objet) "

Dans un caractère chinois composé tel que   l'Objet est considéré comme premier et le Sujet vient en second, ce qui pourrait se traduire comme : 

= " la porte   (Objet)  est bloquée par la barre  (Sujet)  "


Action "active" et "action "passive"

L'action peut s'envisager de deux point de vue : du point de vue du Sujet, qui mène l'action ("Action active"),  du point de vue de l'Objet, qui subit l'effet de l'action ("Action passive").

Si nous faisons une équivalence logique, en considérant le rang d'apparition dans la phrase, en français,
 "l'action active" vient en premier avec le Sujet,

" La barre (Sujet)  bloque ... (Objet) "


tandis qu'en chinois, "l'action passive" vient en premier.

" la porte   (Objet)  est bloquée par .. (Sujet)  "

La marque de "premier rang" donnée à "l'action passive" suggère que la porte se caractérise par un "premier niveau de blocage", ou un "blocage latent", ou encore un "blocage en puissance". L'action de blocage effectuée par la barre ou le verrou viendra donc comme une actualisation de la puissance latente contenue dans la porte.

Comme l'action était déjà là virtuellement, le second caractère précise l'action, :

门 (porte) + 一 (barre) = 闩 barre en travers de la porte (barre de porte, verrou)
"la porte ferme par un blocage / la barre assure le blocage

La porte sera vraiment une porte lorsqu'une barre ou un  verrou la maintient bloquée.

Cette logique de correspondance entre le virtuel et le réel s'applique également à l'être humain

Un homme a de grandes oreilles. Le développement des oreilles est la marque extérieure du développement interne virtuel.

*   耳 (oreille) +  大 (grand)  = 耷 grandes oreilles = "oreilles à grandir / oreilles grandies "



Images de la femme chinoise

*  女 (femme) + 户 (porte) = 妒 une femme dissimulée dans l'entrebaillement d'une porte observant secrètement les autres concubines (jalousie)
   
devient   "observer secrètement / observer derrière une porte"

*  女 (femme) + 疾 (maladie) = 嫉 la maladie des femmes (jalousie)

devient "se situer par rapport à d'une autre femme / se rendre malade de jalousie"

*  女 (femme) + 票 (billet) = 嫖 une femme se fait donner un billet de banque (aller aux prostituées)

devient "échanger son corps / échanger son corps contre un billet"

Donc, ces expressions révèlent des traits culturels profonds, qui font de la femme celle qui est réduite à échanger son corps, à se tenir cachée, à se situer par rapport à une autre femme.


Images du corps humain

La reformulation est simple quand le premier caractère est explicitement un verbe :

* 入 (entrer) + 肉 (viande) = 肏  baiser  (entrer dans la viande)

devient "entrer / entrer dans la viande"

Par contre, lorsque le caractère peut représenter  un "être solide" (au sens occidental), l'action sous jacente n'est pas évidente. Pourtant, les trois expressions qui vont suivre montrent bien que "l'être" au sens chinois s'accompagne explicitement d'une série d'actions qui décrivent les interactions entre "l'être" et son environnement.

Ainsi, dans les exemples suivants, on voit que le corps humain s'étend ou se creuse, ou bien transforme les substances qu'il a ingéré. Le corps humain n'a pas de traits stables. Il n'est appréhendé qu'au travers des marques, des empreintes laissées par les actions par lesquelles il vit.

 * 尸 (corps) + 米 (riz) = 屎    la merde  (le riz qui mijote dans le corps)
devient "le corps qui transforme / le riz est transformé en merde"

* 尸 (corps) + 吊 (pendouiller) = 屌   la queue (ce qui pendouille du corps)

devient  "le corps qui s'étend en partie / la partie fine qui pendouille"

* 尸 (corps) + 穴 (cavité) = 屄   le vagin (la cavité du corps)

devient "le corps qui se creuse / le vagin qui est creusé"


La culture comme attribut de l'homme



Que se passe-t-il entre ces hommes stylisés et cet animal ? 

mercredi 15 juin 2011

Le modèle chinois de contrôle social est en crise

LEMONDE |le 15.06.11 | 11h41

Pékin, Correspondant - Le Parti communiste chinois (PCC) s'est longtemps vanté de l'efficacité de son mode de gouvernance, mettant en avant que la stabilité qu'il a apportée, dans un pays aussi grand et peuplé, était essentielle au décollage économique de ces trente dernières années. Aujourd'hui, ce consensus se fissure.

L'outillage sophistiqué de "maintien de la stabilité" mis en place par l'Etat-parti non seulement peine à calmer les esprits – les manifestations populaires, souvent violentes, ciblent la police et les administrations, tandis que des pétitionnaires individuels se suicident ou organisent des attentats vengeurs –, mais il s'avère contre-productif, dans une société de plus en plus informée, mature et ouverte aux débats.

Les signes d'usure du modèle de gouvernance s'accumulent. Dans les régions de minorités ethniques, répression culturelle et religieuse se font au nom d'un arsenal idéologique mis au placard partout ailleurs en Chine. Dans les villes, la corruption exaspère les petites gens. Toute une bourgeoisie émergente accepte mal de ne pas avoir de prise sur les affaires qui la concernent.

Quant aux migrants des campagnes, grands perdants du miracle économique chinois, ils se réveillent, au point que la province du Guangdong, le cœur de la machine à exporter, a connu deux émeutes ces dernières semaines, un an après les grèves chez Honda et les suicides d'ouvriers de Foxconn.

"PRISONS NOIRES"

Si les migrants "ne sont pas absorbés dans la société urbaine et ne jouissent pas des droits qui leur sont dus, les conflits ne vont cesser de s'accumuler… Les politiques doivent faire face à la réalité pressante que la nouvelle génération de travailleurs migrants veut rester dans les villes", lit-on dans un rapport publié, mardi 14 juin, par le Centre de recherche pour le développement du Conseil d'Etat, un think tank du gouvernement chinois.

Les rouages de la "machinerie de préservation de la stabilité" ont même fait l'objet, sous ce titre, d'une grande enquête dans l'hebdomadaire libéral Caijing, le 6 juin. Une première. Divers médias avaient, ces dernières années, levé un coin du voile sur les aberrations de la politique sécuritaire, comme les "prisons noires" pour les récidivistes de la pétition. Ou encore, dans une version plus douce, les "commentateurs du Net" qui s'immiscent dans les conversations en ligne pour appeler à l'apaisement.

Les tabous se brisent. Tout un pan de la société chinoise, mais aussi du parti, milite pour une approche différente du "maintien de la stabilité" et l'abandon d'une mentalité répressive : "Dans les autres pays, ce genre d'incidents est considéré comme l'expression ordinaire des intérêts [des gens], ils participent de leurs libertés. On ne les appelle pas “incidents de masse” et il n'existe pas de concept de 'maintien de la stabilité'", expliquait, début 2011 dans une interview au magazine Guoji Xianqu Daobao, de l'agence Xinhua, le politologue Wang Yukai, du centre de recherche China Society for Administration Reform. Il préconise de cesser de "diaboliser les incidents de masse" et de s'ouvrir à "l'idée d'un maintien normal de l'ordre social".

LE MAINTIEN DE LA STABILITÉ

La "machinerie de préservation de la stabilité" décrite par Caijing est contrôlée au sommet par le Comité politico-légal du parti, dont les extensions locales décident des verdicts dans les tribunaux, selon la ligne politique du parti. Le système est renforcé en 1991 : le maintien de la stabilité devient une "tâche de la plus haute importance". Un "groupe de travail de la haute direction" – sa composition reste secrète – se voit octroyer "l'autorité suprême" sur les questions de stabilité. "L'office 610" – spécialisé dans la lutte anti-Falun Gong – est créé en 1999.

Au fil des années, le système se dote d'outils plus modernes, d'évaluation des risques et de fourniture de services sociaux, notamment aux migrants. Un réseau de commissions et de bureaux de "maintien de la stabilité" se constitue à tous les échelons administratifs.

Rien qu'au niveau du canton, le plus bas en Chine, des milliers de personnes sont impliquées dans cette mission et reçoivent des budgets. Un système d'incitations financières récompense, par exemple, l'absence "d'incidents de masse" au cours de l'année. L'interception de pétitionnaires qui se rendent à Pékin a conduit, dénonce le magazine, à la création d'un véritable "marché du maintien de la stabilité", dont profitent les officiers de liaison des provinces à la capitale, mais aussi toutes sortes de "rentiers du système, d'intermédiaires ou de gangsters".

"PEUR DES MÉTIERS DE LA JUSTICE"

L'externalisation de la tâche de rapatriement des plaignants vers leur lieu de résidence à des sociétés privées en est un autre exemple : l'agence Anyuanding, dont pétitionnaires et avocats ont dénoncé les pratiques violentes et illégales en 2010, fut ainsi sous contrat de 19 gouvernements provinciaux.

En primant sur tout le reste, le "maintien de la stabilité" a fait reculer la construction de l'Etat de droit, pourtant programmée dans le cadre de l'ouverture économique : "Avant les années 2003 et 2004, le président de la Cour suprême avait lancé des réformes pour consolider le statut des juges. Tout allait dans le sens d'une plus grande indépendance de la justice et d'une professionnalisation", explique au Monde He Weifang, professeur de droit à l'université de Pékin.

Mais, poursuit-il, "la plus haute direction du parti a voulu réaffirmer son contrôle sur la justice. Un recul pour les libéraux. En fait, les autorités ont eu peur des métiers de la justice".
Brice Pedroletti
Le Tibet fermé aux étrangers en juillet

Les touristes étrangers sont indésirables au Tibet, au moins jusqu'au 26juillet, selon des agences de voyages chinoises citées par l'AFP. Les cérémonies prévues pour les 90 ans du Parti communiste chinois et les 60 ans de la "libération" du Tibet expliqueraient cette mesure officieuse.

Selon l'agence de presse des Tibétains en exil, plusieurs zones tibétaines de la province du Sichuan connaissent des troubles. A Kardze (préfecture autonome tibétaine de Ganzi, en chinois), des moines et des nonnes ont distribué des tracts pour le retour du dalaï-lama. Dans la préfecture voisine d'Aba, la situation reste tendue après que 30 moines du monastère de Kirti ont été conduits en classes "d'éducation légale".

Article paru dans l'édition du 16.06.11

jeudi 28 avril 2011

Papier de riz et pinceaux pour calligraphie chinoise

Papier de riz pour calligraphie ou peinture chinoise

Feuilles de papier de riz de qualité supérieure, en direct de Xi'An , Chine.

Vente à la feuille. Trois dimensions de feuille :
- feuille de 50*70 cm = 0,50 €
- feuille de 52*97 cm = 0,75 €
- feuille de 69*138 cm = 1 €




Également en provenance de Xi'An, Chine, pinceaux de calligraphie (poils de chèvre et de loup) de différentes tailles entre 1 € le plus fin et 10 € le plus épais


Articles disponibles chez le vendeur à Paris. Proche M° République.

dimanche 10 avril 2011

Ironie de l'Internet / Vérité du médiatique

Ce jour, je m'apprête à lire le message sur les liquidateurs de la centrale de Fukushima. Une publicité s'affiche vantant les mérites d'un parc d'attraction.

Ironie ? Où se révèle la vérité médiatique !

mardi 5 avril 2011

"enryo" : gêne ou réserve éprouvée quand on a peur de déranger

Liberation 04/04/2011 Par ALISSA DESCOTES-TOYOSAKI

A Ishinomaki, les survivants se font les plus discrets possibles dans les centres d’accueilpour Réfugiés.

Dans la cour d’une école, des vieux au visage buriné sont rassemblés autour d’un brasero. C’est bientôt l’heure du repas et les femmes s’affairent devant de gros chaudrons d’eau. «J’ai été réfugiée ici durant trois jours, je reviens juste donner un coup de main», dit l’une d’elles, une louche à la main. Beaucoup de sinistrés ont choisi de rentrer chez eux afin de ne pas dépendre des centres de refuge disséminés dans la préfecture de Miyagi.

«Des milliers de gens ont tout perdu. Leur maison, leur quartier ont été engloutis. Normal qu’ils soient prioritaires.» Cette femme qui habite sur les contreforts de la ville d’Ishinomaki a subi des dégâts matériels dus au séisme mais n’a pas souffert du tsunami. «Le raz-de-marée s’est arrêté à quelques pâtés de ma maison. Nous avons la chance de ne pas habiter près de la côte.»

Pourtant, pour tous ceux qui disposent encore d’un logis, les conditions de vie sont parfois plus dures que dans les structures d’accueil qui bénéficient d’aides alimentaires et de générateurs. «Il fait froid, nous n’avons pas d’électricité, on manque de vivres, mais personne n’oserait demander à manger dans les centres, par égard pour ceux qui n’ont plus rien.» Dans la culture japonaise, on appelle ça enryo, cette gêne ou réserve éprouvée quand on a peur de déranger.

Dans le village voisin de Minamisanriku, beaucoup dorment dans des voitures ou des conteneurs. «Il reste les personnes âgées et les hommes. Les femmes et les enfants en bas âge sont partis pour ne pas déranger avec le bruit», dit un pêcheur qui tient un centre de réfugiés. Les grands-mères assises sur le tatami acquiescent, souriantes, en offrant un bol de riz. Le village, bâti sur une colline qui fait face à la mer, a subi beaucoup de pertes humaines mais n’a pas perdu son sens de l’hospitalité.

« Nous allons rafistoler les maisons avec des bâches et des planches. Il y a des vivres dans les décombres, mais il manque des sous-vêtements de rechange pour les femmes», déplore le marin. Sans eau courante ni gaz, les sinistrés doivent supporter de ne pas se laver ni se changer, ce qui, pour un Japonais, est quasi aussi grave que de mourir de faim.« Les pêcheurs d’ici ont perdu 150 bateaux dans le tsunami. Nous n’avons plus rien, les champs sont inutilisables, mais même si des logements sont construits ailleurs, les gens d’ici n’iront pas. » On dit que les pêcheurs sont les plus rodés aux tsunamis et ils sont liés à l’océan dans le meilleur comme dans le pire. « Nous appartenons à la mer », sourit l’homme.

dimanche 3 avril 2011

Les liquidateurs japonais pensent qu'ils vont mourir dans quelques semaines

Slate.fr

«Ils sont arrivés à la conclusion qu'il est inévitable que certains d'entre eux meurent d'ici quelques semaines, ou quelques mois. Ils savent que c'est impossible qu'ils n'aient pas été exposés à des doses létales de radiation.» C'est ainsi que la mère d'un des liquidateurs de la Fukushima 50, cette équipe d'ouvriers qui tente d'empêcher la fonte des quatre réacteurs endommagés lors du tremblement de terre et du tsunami du 11 mars, rapporte les propos de son fils.

Au téléphone avec un interprète, c'est en larmes que cette femme révèle ces informations à Foxnews.

«Il m'a dit qu'ils ont tous accepté le fait qu'ils vont probablement mourir des suites des radiations, soit dans le court terme, soit d'un cancer sur le long terme.»

La mère du liquidateur s'est exprimée sous anonymat: d'après elle, on aurait demandé aux liquidateurs de ne pas communiquer avec les médias et avec leurs familles, afin de ne pas déclencher la panique. Elle n'a pas pu indiquer si les liquidateurs souffrent déjà de malaises en raison des radiations auxquelles ils sont exposés.

La Tokyo Electric Power Company
(Tepco) affirme qu'une équipe médicale conduit des examens réguliers sur ses ouvriers pour détecter les éventuels signes de malaise liés à la contamination radioactive. Depuis le début des opérations, plusieurs ouvriers se sont blessés sur le site: trois d'entre eux ont été hospitalisés après avoir marché dans une flaque d'eau fortement radioactive, explique BBC News.

Ces liquidateurs qui sacrifient leur vie pour leur patrie attirent l'attention des médias depuis qu'ils s'activent dans la centrale de Fukushima Dai-ichi. Gizmodo a ainsi publié une vidéo prises par les ouvriers de l'intérieur du réacteur 3. Elle
montrent les ouvriers, toujours affairés autour des réacteurs, ainsi que l'intérieur du réacteur 3 en partie dévasté.



Cartoon explaining Japanese nuclear crisis is internet hit
A Japanese animation created to help the artist explain the nuclear crisis to his child becomes an online sensation.

Repris de Telegraph 22 Mar 2011

Amid the devastation of an earthquake and tsunami, how does a parent explain a nuclear crisis to a child? Frustrated by media reports about the Fukushima Daiichi nuclear power plant, Japanese artist Hachiya Kazuhiko invented the character of a sick child, named "Nuclear Boy".

Mr Hachiya explained that he created the animation in the search for simplicity, "My wife and child felt anxious that they could not understand news of the nuclear accident. I had to try to explain without technical terms. Similarly, many people didn't understand the media reports."

Once the original cartoon was uploaded, Ryo Shibata then added the English translation.

With more than one million hits on YouTube to date, the four and a half minute video compares the nuclear crisis to the bodily functions of a sickly boy.

The animation goes on to explain that other boys have been sick, including "Three-Mile-Island Boy" in the United States and "Chernobyl Boy" in the Ukraine.

jeudi 31 mars 2011

“Jishin M9 Tokyo”Retour en France du scénariste de BD Jean-David Morvan

www.telerama.fr/Jean-David Morvan
Jean-David Morvan, français, scénariste et éditeur de BD vit à Tokyo la moitié de l’année. Il s’y trouvait lors du “Jishin M9 Tokyo” le “tremblement de terre de magnitude 9 à Tokyo”. Les sensations, les premiers gestes, la panique… Il raconte.


Tous, on savait qu’il allait arriver. Un jour, une nuit, un été, un hiver. Dans une seconde, une heure, un jour, ou plus. Beaucoup plus, si possible. Au moindre tremblement sensible, les gaijin (étrangers) – comme moi – ressentaient de la surprise, par manque d’habitude. Et les Japonais, de l’angoisse. Car s’ils vivent avec la connaissance de ce risque depuis toujours, ils redoutent qu’un petit tremblement ne dégénère en un plus gros. LE plus gros. L’hypothèse était la faille du Sud de Tokyo, la réalité fut celle du Nord, au large de la région du Tohoku.

Je m’appelle Jean-David Morvan, je suis scénariste de BD. J’ai publié quelque 180 albums, avec des auteurs et des éditeurs du monde entier. Certains sont dessinés par des Japonais, comme Jirô Taniguchi pour Mon année, ou Toru Terada pour Le Petit Monde, et d'autres se passent au Japon, comme Sept Yakuzas (avec Takahashi Hikaru) et Spirou à Tokyo (avec Jose-Luis Munuera). Je vis dans cette ville six mois par an depuis que j’occupe un poste éditorial chez Ankama, qui a une filiale au Japon.

Je loge à 15 minutes de train de Shinjuku, à l'Ouest, dans le quartier des studios et du musée Ghibli d’Hayao Miyazaki. C'est dans ce quartier que la majorité des Japonais rêve de vivre. The « place to be » de la contre-culture des années 70, devenu un petit paradis sur terre, avec un beau parc, des restaurants et bars, des grands magasins. J’étais dans l’un de ceux-là quand ça a commencé de trembler doucement. J'ai d'abord pensé qu'un vendeur passait derrière moi avec un chariot rempli de télés. Et puis comme ça continuait, je me suis dit que c'en était un « petit », comme j'en avais senti chez moi deux jours auparavant. Sauf que ça continuait… ça enflait.

Les luminaires au plafond se secouèrent de gauche à droite avec une amplitude incroyable. Je suis sorti dans la rue, au centre du carrefour, pour éviter de prendre un morceau d'immeuble sur le coin de la gueule. Je n'étais pas le premier à atterrir sur la chaussée, ni le dernier. Autour de nous, tout tremblait… Le métro aérien, à 500 mètres à gauche, s'était stoppé dans son élan, au milieu du quai. J'ai lu plus tard que la secousse avait duré plus de deux minutes, j'aurais été incapable de le dire, tout en l'ayant vécu. Nous étions suspendus psychiquement, dommage que ce ne fut pas le cas physiquement. Puis le monde stable est revenu. Les usagers ont sorti leurs téléphones portables, tentant d'appeler leurs proches, pour les rassurer ou prendre des nouvelles.

Mais rien. Plus de réseau. Seul Internet fonctionnait un peu, ce qui m'a permis d'écrire immédiatement un message sur Facebook et de rassurer mes parents. Le temps d'envoyer le message, la terre se remit à trembler. Moins fort, mais assez pour faire monter l'angoisse. Elle n'allait pas redescendre de sitôt : les jours suivants, les vibrations allaient se succéder à un rythme quasi constant. Devant leur abondance, même la télévision, qui annonce toujours les secousses par un son d'alerte et un message sur l'écran, arrêta de le faire. Sans quoi, il aurait été impossible aux présentateurs de parler.

Je décidai de rejoindre le salon de thé d'un ami, à dix minutes à pied de là. Ensemble, nous avons regardé les premières vidéos, ahurissantes, de la catastrophe : la vague noire, des bateaux s'écrasant sur les ponts où passaient les voitures… Seules les secousses incessantes nous rappelaient à la réalité. Dans mon appartement, les dégâts n’étaient pas aussi importants que je l’imaginais. Certaines étagères pourtant lestées de livres avaient bougé de plus d'un mètre, et quelques jouets ainsi que le flash de mon appareil photo avaient été cassés. En comparaison des images de plus en plus précises qui passaient sur ma télévision, montrant en boucle le tsunami de la journée et la ville de Sendai en feu, je m'estimais TRÈS heureux. Ce que je vivais à Tokyo n'était rien en comparaison du Tohoku. Je n'avais, moi, pas vraiment besoin du courage que tout le monde me demandait d'avoir. Il fallait juste gérer un stress usant dû aux tremblements. Et faire le grand écart entre les informations japonaises « rassurantes », et celles « catastrophistes » du reste du monde.

J'ai préparé un sac avec mes affaires de première nécessité (mon ordinateur portable et un disque dur, des vêtements, une bouteille d’eau…) et ai dormi tout habillé sur mon lit, près de la porte de secours, avec mes chaussures au pied du sommier. Le lendemain, les rues étaient d'un calme étrange. Une ville à l'âme de fantôme, un temps constant, des regards fuyants. Et puis une nouvelle soudaine : l'explosion de l'enceinte d'un des réacteurs nucléaires de Fukushima. Soudain, donc, des emplettes à faire. Stock d'eau, de nouilles instantanées, de conserves. Et, surtout, penser à laisser toujours la baignoire remplie d'eau claire, si jamais celle du robinet finit par être contaminée. C'est ce jour aussi que les messages de l'ambassade de France, à féliciter pour son formidable travail, ont commencé à apparaître sur mon téléphone. Expliquant par exemple comment se calfeutrer chez soi en cas de nuage radioactif. Oui mais… Peut-on rester chez soi en cas de nouveau gros tremblement de terre ? Non, il faut sortir. Et dehors, l'ennemi invisible vous attend…

Je décidai alors de partir pour le Sud. Mais pas un seul véhicule à louer dans Tokyo, et plus de carburant dans les pompes… C'est donc avec mes chaussures que je me rendis à la gare pour acheter un billet de train pour Kyoto, départ le lendemain tôt. Je passai la nuit à imprimer des photos pour monter un dossier en vue d'une exposition à New York, et mangeai des fraises – oui, c'est la saison au Japon. Un petit réconfort, certes, mais TOUT était bon à prendre, cette nuit-là. Une idée vint : réaliser un blog, en demandant à des amis illustrateurs et bédéistes (Sylvain Runberg, Kness et Made du forum graphique CaféSalé pour commencer) de faire des dessins de soutien aux victimes. En espérant pourvoir ensuite regrouper tout cela dans un livre dont les bénéfices seraient reversés à une ONG. C’est ainsi qu’est né le projet Tsunami, lors des tremblements incessants.

Le lendemain, à la gare, je me rendis compte que j’avais oublié mon sac à dos – qui ne me quittait pas depuis deux jours, et contenait mon portable – dans le métro. Je rentrai chez moi récupérer mon ordinateur de salon puis retournai prendre le train. A peine parti, un sms d'une amie : une nouvelle enceinte de centrale nucléaire vient d'exploser. Filant à 300 kmh sur les rails, je passai mon temps à appeler des amis. Certains avaient décidé de partir vers le Sud, comme moi. D'autres, pour des raisons tout aussi respectables, restaient à Tokyo. A peine le pied posé à Kyoto, je sentis que le sol tremblait ici aussi. Pas autant qu'à Tokyo bien sûr, mais assez pour mettre la puce à une oreille interne habituée à détecter la moindre secousse.

Sur place, les gens semblaient mener une vie « classique » du Kyoto de toujours. Que faire ? Se laisser aller à faire un peu de tourisme. Entrer dans le flot de l'insouciance, relâcher un peu la pression, pour ne pas exploser totalement. Mais replonger dans les infos non-stop dès le retour à la chambre d'hôtel. Entre deux, discuter avec des amis, qui se demandent comme moi s'ils restent ou partent. Evoquer le « problème » de leurs épouses japonaises, qui ont toutes vécu à l'étranger, mais ne veulent pas quitter leurs parents et bloquent leurs enfants sur place. Il n'y a cependant pas lieu de juger les décisions. Qui est le plus lâche ? Celui qui part, ou celui qui n'ose pas briser ses habitudes ? Ce n'est plus qu'une question de choix personnel. De la culpabilité pour ceux qui partent ? Mais en quoi pourrait-t-on aider ? Nul n'est capable d'arrêter secousses, vagues et radiations. Alors, si c'est pour devenir une personne de plus à sauver et nourrir en cas de nouveau problème...

Je me décide, mardi 15 mars, après un nouveau problème de centrale et un séisme de magnitude 6 à Shizuoka, entre Tokyo et Kyoto. Il me faut trouver sur un billet pour la France ou n'importe où en Europe. Mais pas de places disponibles à moins de 3 200 € l’aller simple. Après un mini-scandale médiatique, les prix descendent. Le lendemain, pas de problème majeur sur le trajet. Juste une surprise : il neigeait malgré le soleil. Mais finalement, depuis une semaine, tout était fou autour de moi ; j'en avais fait mon quotidien. Enregistrement, douane, vol, escale, vol, bagages, douane. Je suis en France. Est-ce chez moi ? Je ne sais plus bien, je n'ai pas le temps d'y penser. Il faut faire avancer le blog de soutien. Au vu de l'importance des dégâts, la somme rapportée sera de toute façon symbolique. Mais c'est justement ce symbole qui compte : aider en faisant ce que l’on sait faire, pour favoriser l’après.
Reims, le 28/03/2011