mardi 2 novembre 2010

La pollution des grandes villes : Xi'An par exemple

La pollution dans les grandes villes

Voici, en hiver, en décembre, une photo de Xi'An prise du 10è étage de mon hôtel. Une brume grise noie les bâtiments.


Pendant, deux semaines, je ne verrais jamais le ciel. J'ai l'impression d'être sous une coupole perpétuellement fermée. Mes amis chinois chinois m'explique que la cause en est la pollution : l'humidité maintient les particules chimiques en suspension dans l'air.

Xi' An, la plus grande ville du monde en l'An 1000, un des départs de la Route de la soie, connue pour son armée de terre de 7000 guerriers n'est maintenant qu'une ville de l'intérieur dite secondaire. Elle possède néanmoins beaucoup d'industries qui expliquent cette pollution. Voici comment une mission française décrit les opportunités industrielles de coopération :

ubifrance.fr/programme-france/xi-an-ville-d-avenir-mission-collective-de-decouverte-du-marche-chinois.html

" La ville de Xi’An (4,3 millions d’habitants), la capitale du Shaanxi, offre des avantages certains dans le cadre d’une prospection du marché chinois :
    - bénéficie largement de la politique chinoise du grand Ouest, avec diverses mesures favorisant les investissements
    - un atout majeur : la main d’œuvre qualifiée travaillant dans les 3000 instituts de recherche scientifiques et technologiques, dont 50 sont reconnus par le gouvernement central comme ayant un niveau "avancé"
    - avec un taux de croissance de 14% en 2009, Xi’An attire de plus en plus d’entreprises françaises
    - des secteurs dominants : avant tout l’aéronautique, mais aussi les télécommunications, l’électronique et l’industrie pharmaceutique ; intérêt croissant des autorités locales pour le secteur informatique"



Lire la page anglaise de wikipedia, qui est bien informée.

Au bout de deux semaines, un soleil insistant a chauffé le ciel. Les particules de pollution se sont déposées au sol. Enfin, je vois la ville.

Les hommes chinois et l'alcool

Alcool et business : le mélange mortel des notables chinois
Article de Jim Jarrassé (lefigaro.fr)

Issus d'une tradition millénaire, les toasts portés à répétition lors de dîners officiels peuvent avoir des conséquences catastrophiques sur la santé des convives. Plusieurs entrepreneurs français en Chine témoignent.

La semaine dernière, dans un petit village de la province de l'Anhui, dans l'est de la Chine, le secrétaire local du Parti communiste chinois fêtait la signature de trois contrats immobiliers. Comme le veut la tradition, les «ganbei», toasts à l'alcool de riz, se sont succédé pendant tout le repas. Shen Hao, 46 ans, s'est couché très éméché. Et ne s'est jamais réveillé. Il est la troisième victime officielle à la suite d'un banquet d'affaires, cette année.

En Chine, le repas est le lieu de socialisation par excellence. Toute affaire commence et se termine par un banquet. A tel point que l'État dépenserait chaque année 50 milliards d'euros dans l'organisation de dîners officiels. Objectif : resserrer les liens entre partenaires. « On ne négocie pas pendant un repas. On apprend à se connaître », explique Valérie Tamman, qui dirige une entreprise de conseil et de formation des entrepreneurs français travaillant en Chine.


Vingt verres en une heure
Le déroulement des banquets est très codifié. Avant de commencer à manger, l'hôte porte un premier toast. Chacun doit alors boire « cul-sec » son verre de «baiju», cet alcool de riz très apprécié des fonctionnaires chinois mais souvent redouté des étrangers. Et pour cause : le « baiju » peut titrer plus de 65°. « C'est infect, sourit Valérie Tamman. Mais il faut le boire.»

Problème : les « ganbei » se multiplient tout au long du repas. A tel point que les convives peuvent en boire plus de 20 verres en une heure. « Cela commence par des toast communs, puis des toasts individuels », explique Nathaniel Farouz, jeune businessman français installé à Pékin depuis 2006. Si beaucoup ont le foie bien accroché, l'ivresse est souvent inévitable. « Un partenaire , dans son ébriété, s'est mis à nous raconter tout le mal qu'il pensait de nous... Ce qui n'a pas été du meilleur effet pour la suite de nos relations


« Une forme de corruption »
Outre les accidents de parcours lors des négociations, la consommation abusive d'alcool peut avoir de réelles conséquences sur la santé des Chinois. « Dans ma province natale, beaucoup d'entrepreneurs ont des problèmes de foie », assure un professeur de langues à l'Inalco d'origine chinoise. L'un de ses amis en a d'ailleurs fait les frais. « Il ne mangeait jamais chez lui car il était invité à chaque repas. Et à chaque fois, il était obligé de boire. Il disait parfois qu'il avait ‘mal à l'estomac', mais il devait continuer. Il y a deux ans, il a trop bu et il est mort. A 45 ans.»

Autre exemple de l'omniprésence des banquets : « Chaque année, explique ce spécialiste, des délégations sont envoyées par Pékin pour contrôler la production dans les entreprises. Si ses membres n'ont pas bien mangé et bien bu lors de leur visite, cela peut avoir de graves conséquences sur l'entreprise qui les reçoit. Même si tout est en ordre. C'est une forme de corruption. » Idem pour monter une entreprise : « Rien ne se fait avant d'avoir trinqué avec un membre du parti ». Il faut ensuite sans cesse « remercier les autorités ».

Filmée en 2005 par les caméras de Strip Tease, cette vidéo illustre bien l'ambiance alcoolisée d'un banquet officiel. On y voit un investisseur français, Yves Cathala, être accueilli par le gouverneur local.

Stip Tease - A la poursuite de Mme Li - Le Figaro
Extrait de 2005. Copyright France 3.
Mots-clés : striptease chine

Pour autant, Yves Cathala veut éviter toute généralisation. « Les Chinois ne sont pas des alcooliques, assure-t-il. Ils ont simplement le sens de l'accueil et respectent certaines traditions. J'ai assisté à certains repas en France qui étaient bien pires…»

Une opinion que partage Valérie Tamman : « Les Chinois sont épicuriens, comme nous. Le problème est qu'en général, ils ne tiennent pas trop l'alcool. Ils sont donc rapidement ivres. Mais loin d'être tous alcooliques. » Et la consultante d'insister sur les progrès accomplis ces cinq dernières années : « Ils commencent à se calmer. Les mentalités changent, surtout dans les grandes villes. »

Dans certaines provinces, les fonctionnaires chinois ont été interdits d'alcool pendant le déjeuner. Et les contrôles d'alcoolémie se sont renforcés à la sortie des restaurants. Reste à savoir si cela va suffire à faire changer les habitudes. Il y a 20 ans, le gouvernement avait lancé une vaste opération pour réduire le nombre de banquets. L'échec avait été cuisant.

Du coté des riches .. chinoises ... et chinois

Je recommande la lecture du blog de Julien, DJ  à Suzhou

"DJ à Suzhou ... Je ne sais pas trop par ou commencer, le sujet est vague et complexe. Le mieux est sans doute de raconter mes observations et anecdotes du quotidien...
Malgré tout, je pensais que cette expérience serait difficile à valoriser sur mon CV, mais plus le temps passe et plus je réalise que les enseignements que j'en tire sont énorme! Ne serait-ce que pour comprendre la façon dont les chinois gèrent un tel business, les relations que ça implique... ou encore la façon de manager le personnel, vu que ça avait été le plus gros reproche de mon ex-patron chinois... Pour s'adapter et comprendre les goûts des chinois... Et je ne parle même pas de l'appréhension de certains coté de la culture chinois, ça m'aide à comprendre certaines notions de la face et la façon dont les chinois parlent affaires autour d'une bouteille de Cognac... Et bien sur, je vois de mes propres yeux "la jeunesse dorée chinoise" qui est pour la plus part complètement à coté de la plaque...
Je citerais le fils d'un haut dirigeant chinois au gouvernement local que je connais vu qu'il vient régulièrement: "ma vie au quotidien se résume à choisir si je vais conduire ma Porsche ou ma Lamborghini, dans quel restaurant haut de gamme je vais manger, dans quelle boite je vais me bourrer la gueule et avec quel alcool; et quelles filles je vais baiser et dans quel hôtel"... et malgré ça c'est un des chinois les plus tristes et déprimés que j'ai pu rencontrer...  Il y a d'autres, qui parlent couramment anglais vu qu'ils ont fait leurs études à l'étranger, qui sont là presque tous les soirs, et quand je leur demande ce qu'ils font dans leur vie, ils me répondent "pourquoi je devrais aller me casser le cul à bosser 8h par jour pour gagner une misère alors que mes parents me filent 4 à 5 fois plus en argent de poche..."
Cependant, ils ne sont pas tous comme ça. Comme par exemple, la fille du plus gros concessionnaire automobile de la ville, elle a 25 ans, roule en cabriolet porsche et a monté sa propre boite. Imaginez un boulevard avec des concessions automobiles de toutes les marques possibles et imaginables ou presque, de chaque coté de la route, en apparence chaque concession semble indépendante, mais bizarrement elles ont toutes la même architecture, normale, elles appartiennent toutes à la même personne, son père.

Bref je l'ai rencontré au cours d'une soirée, on a beaucoup parlé en Mandarin, je l'ai revu plusieurs fois par la suite et au bout de peut-être 3 semaines, elle s'est mise à me parler dans un anglais excellent et sans aucun accent... Je reste la regarder bizarrement car très surpris sur le coup, elle m'avoue simplement qu'elle a fait toutes ses études, y compris le lycée en Angleterre et qu'en fait, elle me testait...

Elle est rentrée en Chine il y a un an et demi après avoir finit ses études et me dit que depuis son retour, elle ne fréquente presque plus aucun occidental, car elle a été écœurée par le comportement de certains d'entre eux en Chine.  J'ai pu m'en apercevoir une semaine plus tard à sa soirée d'anniversaire, vu qu'effectivement j'étais le seul blanc présent.

Bref avec l'argent donné par sa famille, elle et sa cousine ont monté une société de production de robes de mariage et elles exportent désormais partout dans le monde... C'est ainsi que sa Porsche décapotable, elle se l'est payé elle-même, comme une grande! "

"
Sur la vie que j’ai mené ces 6 derniers mois, bon oui j’avoue ce ne fut pas vraiment moral, ce fut même un peu, beaucoup la débauche totale de temps à autre, mais je n’ai absolument aucun regret. En fait je crois que chaque homme devrait vivre une expérience similaire avant de vraiment se caser, ça éviterait beaucoup de divorce par la suite je pense… Beaucoup d’expats ou de chinois dépensent pas mal chaque weekend, pour se genre de sensations « get High », alcool musique, filles… alors que moi j’étais payé pour vivre ça… (enfin sauf l'alcool, même si j'acceptais un verre de temps à autre, moi j'étais là pour travailler, pas pour me bousiller la santé, j'avoue même qu'à force de voir cette consommation d'alcool effrénée au quotidien, ça fait sérieusement réfléchir...)


Certains Expats m’ont même avoué envier mon style de vie (je pense qu’en réalité ils enviaient particulièrement mes fréquentations et surtout la certitude que ces filles, en plus d’être belles, n’en avaient pas après mon argent, vu qu'elles savaient que j'étais DJ, alors qu’eux ne pouvaient pas en être aussi sur). Tandis que moi j’enviais leur stabilité et leurs revenues,  comme quoi l’herbe est toujours plus verte ailleurs. N’est-ce pas le propre de l’être humain que de n’être jamais satisfait et de toujours envier ses voisins ?
 
Top 5 des plans les plus chauds de ma très très courte carrière de DJ  International:
1er : une fille qui dansait de façon torride sur le podium face à moi, attrape le col de mon T-shirt, me tire vers elle, m’embrasse directement puis me dit à l’oreille qu’elle et sa copine m’attendent à la sortie et que je pourrais leur faire tout ce que je veux !
2ème : une chinoise très classe me donne un petit mot sur lequel c’est écrit en anglais « retrouve moi à tel hôtel 5étoiles, tel numéro de suite et n’oublie pas d’apporter des préservatifs! »
3ème : pendant une session, un manager de salle vient me voir et me dit que quand j’aurais terminé, je suis convié à telle table du carré VIP,  après avoir terminé et être sorti une dizaine de minutes respirer un peu d’air  frais, je me rends sur la table en question ou m’attendaient une coréenne et 3 chinoises, la température monte rapidement et la coréenne propose d’aller tous ensembles finir la soirée dans son appart situé dans la résidence ou le prix du m2 est le plus cher de tout Suzhou.
4ème : après avoir fini de mixer, je prenais l’air sur un des canapés à l’extérieur de la boite, lorsqu’une très jolie chinoise s’assoit sur mes genoux, m’enlace et me sortit directement en mandarin « beau gosse, la vie est courte et si on allait chez moi ? »
5ème : 3 chinoises originaires d’une autre ville et de passage à Suzhou m’invitent à leur table, une belle, une mignonne et une ordinaire, on trinque, on discute… Lorsque soudainement la mignonne me sort: « si tu devais terminer la nuit avec l’une d’entre nous, qui tu choisirais ? »
Ne voulant surtout pas les vexer et leur éviter une perte de face, je répondis avec diplomatie et sur un ton humoristique « pourquoi en choisir qu’une seule, ça ferait 2 d’entre vous qui risquent d’être jalouse, alors je prends toutes les 3. »
Elles restent discuter 2 minutes entre elles, puis répondent en cœur: « d’accord, allons à notre Hôtel ! »
 
En fait, en observant les chinoises dans la boite, j'ai remarqué que ça ne servait à rien de draguer à mort, car elles se feront désirer ou vous diront même clairement qu'elles ne sont tout simplement pas intéressée... Alors qu'un simple sourire, un clin d'œil, faire signe de trinquer à distance... suffit le plus souvent pour faire le premier pas et si elles sont intéressées, elles feront le reste du chemin ou du moins enverront un signe comme quoi vous leur plaisez.

...
Qu'est ce qui fait qu'un club est sur liste noire? Prostitution bien sur, (même si dans les faits aucun club ni échappe), bagarres ou agressions fréquentes, mais surtout trafic de drogue... Bien que mon amie reste persuadée que le 88 finira tôt ou tard par s'y mettre aussi, je ne suis pas convaincu, car le style musical ne se prête pas à la consommation.

Par contre pour ce qui est de la prostitution... ça se passe de la manière suivante:

Imaginez que plusieurs hommes chinois débarquent, prennent une table, consomment pour un certains montant (la bouteille la plus chère est vendu à 38.000RMB! et ils en vendent une dizaine tous les mois), un manager viendra alors leur proposer d'autres services, tel que des escorte girls (dans  les faits il s'agit souvent d'étudiantes tout juste mignonne qui font ça pour se faire de l'argent) qui sont payées juste pour leur tenir compagnie et boire avec eux mais ne sont pas tenues de coucher... 

Les escortes sont présentes en permanence dans la boite, on les voit plusieurs fois en cours de soirée se rendre en ligne à telle ou telle table, les clients en sélectionnent quelques unes et le reste repart. Si ça ne suffit pas, pour combler les besoin du client, ils font venir des prostitués que le client pourra alors ramener chez lui ou dans un hôtel... celles-ci ne sont pas dans la discothèque pour éviter les problèmes en cas de contrôle de police. 

Inutile de me demander combien ça coute, je n'en ai pas la moindre idée, car quand je vois les filles en question, 1m80, un corps de rêve et un visage d'ange, je n'ai jamais osé demander, surtout qu'officiellement il n'y en a pas, évidemment... Mais pour avoir croisé le regard d'une des filles un soir, la souffrance que je pouvais lire dans ses yeux n'avait d'égal que sa beauté.
 
Mais bon, je vois souvent les mêmes grosses cylindrées le soir garées devant l'entrée de la boite quand j'arrive (Mercedes V12, BMW, Audi Q7, Range Rover, Hummer, Porsche, Maseratti, parfois Ferrari...), certains mecs sont là plusieurs fois par semaine et chaque fois avec des filles différentes mais toutes aussi belles les unes que les autres, même si beaucoup de ces hommes repartent non accompagné, c'est bon pour la face de s'afficher en boite avec de jolies filles, même si elles ont été payé pour être là... 

La logique est imparable, plus la voiture vaut chère, plus la fille est belle (mais on est d'accord ce n'est pas lié à la Chine, c'est valable pour tous les pays). Je ne prends pas trop de risque en disant que de nombreuses chinoises sont matérialistes voir vénales, mais en revanche, elles ne rêvent pas toutes de se faire entretenir par un homme riche, du moins pas pour toute leur vie... 

Pour beaucoup d'entre elles, tous les moyens sont bon pour parvenir à ses fins. J'en connais plusieurs issues de milieux modestes, mais gâtées par la loterie génétique, qui se sont fait effectivement entretenir durant un certain temps, avant d'avoir mis suffisamment d'argent de coté pour pouvoir ouvrir une boutique ou démarrer une activité, voir même pour se payer des études supérieurs et ainsi reprendre en main leur vie.

Bien entendu, tous les clients ne sont pas des hommes, il y a également des filles à papa et autres riches chinoises et pour ça, le 88 emploie quelques Gigolos... Même si ils sont moins nombreux que leurs collègues féminins, vu que le 88 vise avant tout une clientèle d'affaires. 

Il faut cependant se méfier des apparences, les plus riches du lot ne sont pas forcement ceux qu'on croit... Oui, la face pousse beaucoup de chinois à s'afficher plus que leurs revenus devraient leur permettre... C'est ainsi que si vous regardez du coté des carrés VIP, pour une majorité, vous feriez fausse route, certains seront juste une bande de copains fêtant l'anniversaire d'un d'entre eux, qui s'est saigné financièrement pour pouvoir se payer cette soirée... 

Ceux qui sont vraiment riches, n'aiment pas forcement le montrer, c'est ainsi que si vous faites comme la majorité des expats et vous vous contentez de prendre une simple bière au comptoir du bar, la fille à vôtre gauche sirotant un cocktail peut être la fille d'un membre haut placé du gouvernement local de la ville ou bien le mec à votre droite, face à sa bouteille de cognac, peut être le patron d'une grosse entreprise chinoise. Et si vous voyez un chinois d'une quarantaine d'années simplement vêtu d'un jean et d'un T-shirt une bière à la main et qui regarde avec beaucoup d'attention ce qui se passe dans la boite; c'est mon patron et il est multi-millionnaire."

dimanche 31 octobre 2010

Le suicide des femmes en Chine

Extrait du site Lacanchine

Le suicide des femmes en Chine

Avec de 250 000 à 300 000 suicides par an, selon les experts, soit un toutes les deux minutes, la Chine représente un quart des suicides dans le monde, pour environ un sixième de la population. Elle est apparemment le seul pays de la planète où les femmes se suicident plus que les hommes (58 %). Ce sont surtout celles des campagnes qui sont les plus exposées : quand elles n'en peuvent plus, elles avalent des pesticides. « Les gens sont devenus plus fragiles, explique Zhang Chun, directeur du réseau d'aide contre le suicide de Nankin (est), surtout les groupes défavorisés et l'élite. Depuis l'ouverture, les changements sociaux rapides et les contradictions entre les valeurs traditionnelles et modernes ont fait perdre aux gens leur équilibre psychologique », note-t-il, « beaucoup essaient de retrouver leur équilibre par la course à la fortune ».
Dans la Chine désormais 4e puissance économique mondiale, le suicide est la première cause de mortalité des 15-34 ans. Le pays est aussi l'un des rares où les ruraux se suicident plus que les citadins. « Le nombre de suicides à la campagne est trois fois celui des villes », indique Yang Qing, professeur de psychologie à l'Université de Shenzhen (sud). Huo Datong, premier psychanalyste à avoir ouvert un cabinet en Chine, voit de plus en plus de troubles névrotiques et psychotiques. « Avec les réformes, la société est devenue plus compliquée, l'individualisme plus fort et les problèmes psychiques de plus en plus graves », explique M. Huo, contacté à Chengdu, dans le Sichuan (sud-ouest). « On voit dans les hôpitaux psychiatriques beaucoup de patients psychotiques à cause du développement économique qui a (entraîné) une dissolution des liens parentaux et familiaux, un isolement des autres ». « La pression du travail est devenue plus grande qu'avant, les gens sont plus angoissés (...) les symptômes névrotiques sont devenus plus fréquents », ajoute-t-il.
Les Chinois, tiraillés entre modèles communiste, confucianiste et capitaliste, n'ont pas non plus de dieu vers lequel se tourner. « Ici ce n'est pas comme dans les pays occidentaux où la plupart des gens croient en une religion », relève Zhu Wanli, un psychologue de Chongqing (sud-ouest), « la majorité des gens n'ont pas de croyance ». Et si les Chinois vont dans les temples, c'est souvent pour brûler des bâtonnets d'encens censés leur apporter... la fortune.



Quand les chinois quittent le train en marche…

(China Trade Winds (HK) Ltd - Éditorial n° 39)


2-8 décembre 2002

Tous les ans, 2 millions de chinois veulent se donner la mort, et 287 000 réussissent. Le suicide est la première cause de mort pour les 15-34 ans (19 %). Avec un tiers des suicides sur Terre, la Chine détient le record de morbidité : consciente du risque majeur, la mairie de Pékin finance (2 millions Yuans) le premier Centre de Recherche et Prévention du mal. Choix rare, révélateur de l’urgence, les rênes du Centre ont été confiées à un étranger : le Dr M. Phillips (US), qui dévoile (30.11.2 002) dans Lancet, prestigieuse revue médicale, deux ans d’enquête sur 519 suicidés en Chine et dresse leur « autopsie psychologique ».
Il en ressort un portrait-type très différent du reste du monde.
La femme y tient le premier rang (52 %, 1/4 de plus que la moyenne mondiale). 84 % des cas sont au village.
63 % se tuent au pesticide.
63 % seulement sont malades mentaux (contre 90 % à l’Ouest) : le suicide chinois est un acte plus impulsif qu’ailleurs.
L’étude fait une découverte majeure : le suicide chinois dépend non d’une, mais de plusieurs causes cumulatives parmi lesquelles : 1. un autre suicidé dans l’environnement du malade, 2. une tentative précédente, 3. une dispute, et — avant tout ! — 4. la pauvreté.
Après le diagnostic, le traitement : cette petite équipe (33 médecins/infirmières) combattent sur tous les fronts des facteurs à risque en même temps :

a.    Dès qu’un suicide a eu lieu dans une collectivité (usine, école, hôpital), le centre envoie un psychiatre pour prévenir les suicides en chaîne.

b.    Face au stress de la ville, le désespéré anonyme trouve sur le site internet du centre, un « kit de premiers soins », ou échange avec lui par e-mail.

c.    Pour tout suicidé en urgence dans trois hôpitaux de Pékin, le centre envoie un médecin offrir la première assistance et former ses collègues (qui, jusqu’à présent, ne soignent que la blessure physique).

d.    Fer de lance, le premier téléphone rouge anti-suicide ouvre (5.12.2002) son service gratuit (pour Pékin), cinq lignes 24 heures/24 (n° 800-810 1117). Pour chaque appel, cinq buts : permettre l’épanchement du malade, évaluer le risque de passage à l’acte, détecter la maladie mentale, offrir des options de réponse au drame présenté (ex : l’infidélité du mari), offrir d’autres aides (ex : conseil juridique, ou protection contre la violence conjugale).

Face à l’océan de détresse cachée, ces efforts peuvent sembler un fétu. Mais le Centre est la première et seule source d’aide de ce type en Chine, rêvant d’inspirer une structure nationale – premier pas pour remonter la pente !



Un système de prévention de suicides à l'étude en Chine

(Le quotidien du Peuple)


Un(e) Chinois(e) se donne la mort toutes les deux minutes. La Chine répertorie chaque année environ 280 000 suicidé(e)s.

Face à ce fait, le gouvernement chinois accélère la mise en place d'un programme national de prévention des suicides, considérés comme relevant du problème de la santé mentale.

Ce plan consiste à conjuguer les efforts des couches sociales pour régler ce problème, a expliqué Qi Xiaoqiu, chef de la division du contrôle des maladies du ministère de la Santé publique, lors d'un atelier international sur ce sujet. Des experts chinois et étrangers y ont discuté une structure de ce programme.

La Chine, qui représente 20 % de la population mondiale, enregistre pourtant un quart du total des suicides du monde. Le suicide y est devenu le premier facteur de décès de la population âgée entre 15 et 34 ans.

Cependant, à la différence des autres pays, la Chine connaît à la campagne un taux de suicide de loin supérieur à celui en ville. 58 % des suicidés ont mis fin à leurs jours avec le pesticide, en vente libre dans la région rurale.

Un autre aspect anormal est que la Chine est l'un des rares pays ayant un taux de suicide plus élevé chez le sexe féminin que chez le sexe masculin. Chaque année, plus de 150 000 femmes se donnent la mort et 1,5 millions de femmes tentent d'agir ainsi, dans ce pays, selon Wu Xuehua, conseiller auprès de la Fédération chinoise des femmes.

vendredi 29 octobre 2010

L'ajustement de la Culture traditionnelle avec le capitalisme

A partir de la structure que j'ai construite en classant les grands symboles de la culture chinoise "immortelle", il est apparu un équilibre global entre quatre modalités d'énergies symboliques qui se distinguent et s'opposent les unes par rapport aux autres.
Schéma que je reformule ainsi :
Dans la pratique, mes amis chinois passent d'un mode symbolique à l'autre. Une des méthodes est la juxtaposition. Par exemple, les symboles du Phénix et du dragon vont être mis face à face dans les décorations murales ou les vêtements. Par exemple, cette robe propose de face un dragon, avec sur les cotés et sur le dos, une série de Phénix.


Une autre méthode est la segmentation. Dans un "sujet qui fâche", différents domaines vont être identifiés, et il va y avoir rupture de "l'ossature". Ce terme, "ossature", je propose de le prendre au sens propre et au sens figuré. L'ossature doit être considérée à la fois comme le squelette d'un animal - poulet, canard, cochon - et comme le concept qui structure un domaine.

Aussi, je vais faire une équivalence - jugée insolente ou désinvolte - entre une pratique culinaire et une pratique intellectuelle.


La pratique culinaire ... Je le dis franchement : je n'aime pas quand le poids ou la volaille sont débités en petits morceaux, où il y a mélange de la chair et de l'os. Je sais que cette réticence est liée à la culture européenne qui dissocie la chair et les os. Les os sont offerts aux Dieux, et la chair cuite est destinée aux hommes.

Ce que j'y perds, comme gourmet, c'est dans un poulet, la différence entre la chair onctueuse d'une cuisse et la chair dense d'un blanc. Débiter un poulet en petits morceaux, c'est oublier la présence de l'ossature comme articulation, comme système d'articulations permettant le mouvement.

Le problème du "Principe Unique"

Ce blog se donne comme nom "Chine Immortelle". Ce nom est en fait ironique. C'est une question que je pose : "qu'est-ce qui fait que dans la culture chinoise, le thème de l'immortalité est un thème central, récurrent, obsédant ?". Il semblerait que l'immortalité humaine - l'immortalité de l'Empereur jaune qui vécu il y a 3000 ans - soit la manifestation physique d'une dualité réussie.

Le site Chine Eternelle 永恒中国 , promouvant la culture chinoise traditionnelle, fait l'éloge du principe unique, qui est à la fois GLOBALITE et DUALITE :

"Dans la tradition chinoise, rien n'existe qu'il ne fasse partie d'un tout.Ainsi l'univers n'est qu'un immense organisme. Chaque fonction est reliée à une autre et a un sens. Elle appartient à une globalité.D'autre part les chinois ont toujours eu un sens aigu d'une certaine observation, que je qualifierais de dynamique. En effet elle tient compte des changements des mutations et non pas seulement d'un état statique."

"Malgré son apparente complexité, le monde qui nous entoure est en réalité animé seulement par deux forces, ou plutôt par une unique force ayant une double apparence, comme la face et le dos ou le haut et le bas.
Au-delà de la multiplicité des phénomènes, de croyances contradictoires et de connaissances partielles, il existe un principe unique, facilement vérifiable et que tout le monde peut constater, c'est la dichotomie totale de l'univers. Cette dichotomie se manifeste en premier lieu par la coexistence intangible du visible et de l'invisible. La scission à l'origine de toutes choses se retrouve dans les phénomènes d'alternance : le jour et la nuit, le mouvement et le repos, le flux et le reflux, etc…

Cet aspect nous apparaît également dans les systèmes duals : positif-négatif, chaud-froid, féminin-masculin, acide-alcalin, vie-mort, bien-mal, etc. Voilà pourquoi un seul principe explique tout l'univers, ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a qu'une seule loi mais qu'une seule permet de comprendre toutes les autres."

En pratique, tout devient alors une question de dosage. Par exemple : dans un plat, il s'agirait d'équilibrer l'acide et l'alcalin.

Dans le site ptitchef.com nous lisons ces conseils pour .. Contrôler l'équilibre acide-base de son organisme

"Quand l'acidité augmente, le corps est plus sensible aux infections, aux douleurs diffuses et la sensation de fatigue est plus importante. Naturellement le PH des cellules du sang du corps humain est de 7,4. C'est à dire légèrement alcalin puisque ce PH dépasse 7 qui est le PH neutre, intermédiaire entre le PH d'un milieu alcalin ou basique (sup 7) et le PH d'un milieu acide (inf 7). Parmi les aliments acides, on compte les viandes, poissons, œufs, le sucre raffiné, les boissons excitantes, l'alcool, les légumineuses, les produits laitiers et les céréales. Le stress quotidien et le manque d'exercice sont aussi responsables d'une acidification de l'organisme, liée au taux d?une hormone : le cortisol.

Si on ingère trop d'aliments acides, l'organisme doit compenser cet excès d'acidité pour maintenir le PH du sang à 7,4 en utilisant ses réserves en bases, par exemple le calcium des os. Ce rétablissement du PH réclame beaucoup d'énergie à l'organisme, ce qui le fatigue et le fragilise. Il est donc conseillé de limiter sa consommation d'aliments acides et d'aider l'organisme dans le maintien du PH du sang à 7,4 en privilégiant les aliments alcalins comme les légumes verts, les légumes secs, les fruits mûrs, les bananes..."

Estimation de la charge acide des aliments

Un repas composé d'un steak, de pâtes avec du parmesan, d'un peu de fromage et d'un dessert sucré, est très acidifiant. Alors que les épinards qui ont un PRAL élevé (indice qui mesure le potentiel acide ou base de chaque aliment) permettent d'équilibrer un repas. Des associations d'aliments comme un féculent (riz ou purée) avec un yaourt sucré en dessert sont très fortement déconseillées si on veut rétablir l'équilibre acide-base de son organisme. Pour favoriser cet équilibre, il est conseillé de diminuer l'apport d'aliments acides ou acidifiants, d'augmenter l'apport d'aliments alcalins, de manger lentement, consciemment, dans le calme et en mâchant bien les aliments, de se promener en la forêt ou en montagne, de pratiquer des activités sportives douces..."

C'est une pratique, oui. Mais la pratique ne suffit pas ! Il a fallu le concept de pH qui considère l'acidité et l'alcalinité dans une une échelle unique :


Qu'est-ce que le pH?

Le pH est une mesure de l'acidité (H +) ou la basicité (OH -) (alcalinité) d'une solution particulière.

pH est techniquement définie comme le logarithme négatif de la concentration en ions hydrogène, symbolisée par pH =- log [H +]. Elle a été introduite pour éviter d'écrire la molarité (moles d'ions d'hydrogène par litre de solution) d'une solution d'une manière maladroite. Par exemple, une solution avec 0.00000007 M d'ions d'hydrogène peut être écrit comme une solution à pH 7. La notion de pH a été décrite par le biochimiste danois appelé Søren Peder Lauritz Sørensen.

Un diagnostic d'absence des médiations

Pour un esprit occidental, les opérations de juxtaposition et de segmentation ne sont pas suffisantes. Nous avons besoin de concept. Nous recherchons des processus dialectique qui induisent des médiations et des confrontations. Par exemple :
- médiation entre le conformisme à la communauté (Phénix) et la transformation collective de la Loi (Dragon)
- médiation entre la conformation passive à tous les signes qui arrivent et de son propre devenir Bouddha

Nous ne trouvons que rarement ces médiations.

Les artistes comme médiateurs

Parfois, il y a des œuvres qui frayent un chemin vers la médiation.

Par exemple, en juin dernier, à Canton, dans une exposition dans le musée d'art moderne, j'ai photographié très vite cette succession d'esquisses et de tableaux où un homme se transforme et devient fer de lance pour un groupe. [Merci de me donner le nom de l'artiste].




Autre exemple, dans la même exposition, la problématique des os est bien posée par ce face à face de deux dessins : à droite, ne jeune fille aux formes harmonieuses, appétissante, et à coté, la même jeune femme où est visible son ossature et son système d'articulation. [Merci de me donner le nom de l'artiste].


Je ne connais pas l'intention de l'artiste. Mais ces deux dessins juxtaposés sont troublants.

Notons que pour les Miao, les montagnes sont les "os du monde".

Récemment, un artiste chinois, Yang Yonglianga eu les faveurs de la communauté artistique mondiale avec ce tableau où les montagnes se révèlent construites par la main de l'homme : on y voit des grues et des pylônes électriques . La thématique traditionnelle "montagne et eau" est transfigurée.

Yang Yongliang : "Shanshui"

Ou encore ce tableau de Zhou Jun où le travail des ouvriers, des "sans papiers" est symbolisé par le rouge des bâches de protection des bâtiments en construction.

Zhou Jun : Scaffolding Series

Ou encore, l'ossature comme tubulures préparant le futur bâtiment :


Zhou Jun : Scaffolding Series

Les médiations symboliques opérées par Deng Xiaoping

Dans les images symboliques de la culture chinoise, les artistes modernes font des opérations qui induisent des médiations entre des termes jusque là juxtaposés. Le corps symbolique de la femme n'est plus l'eau, mais l'ossature. Le corps symbolique de la montagne se nourrit du travail de millions de travailleurs et d'ingénieurs. Le bâtiment n'est plus emblématisé par un Phénix, mais par le rouge des travailleurs.

Au début du siècle, la Chine était un pays divisé, proie des grandes puissance impérialistes. Tous les chinois s'accordent pour dire que le maître d'ouvrage de la Chine moderne grande puissance économique a été Deng Xiaoping.

Je suggère que Deng Xiaoping a, par ses fameuses formules, opéré des médiations symboliques qui ont introduit des tensions et des dynamiques là où il n'y avait que des juxtapositions.

Nous allons nous livrer à ce jeu : replacer les formules de Deng Xiaoping dans la matrice qui figure en tête de ce message.

« Un seul pays, deux systèmes. »,
« Peu importe que le chat soit gris ou noir pourvu qu'il attrape les souris.»
« Le Parti Communiste Chinois doit être le seul guide politique de la Chine.»

Faisons le en deux temps :

1/ Distribuons les éléments dans les quatre cases de la matrice de façon conforme à la tradition

- le codage Yin Yang = il y a des codes à déchiffrer qui parle des opposés et de l'unité globale
- le Phénix = l'unité du pays
- le Dragon = la performance économique
- les incarnations de l'esprit = les leadership du Parti Communiste Chinois


2/ Mettons en tensions et en interactions ces éléments :

- l'unité globale n'est pas une entité abstraite mais un pays concret : la Chine
- le Phénix doit rassembler la dualité de deux systèmes à priori non complémentaires, le capitalisme et le communisme
- le Dragon, ligne d'un groupe d'hommes imposant leur loi, se réfère à la Loi élaboré par les centaines de milliers de membres du PCC
- chaque membre du PCC doit s'impliquer dans la réussite de la performance économique

Nous obtenons alors cette matrice des énergies symboliques, matrice qui propose un Surcodage qui facilite la dynamisme capitaliste. De quelle manière ? Je suggère deux temps logiques :
* 1er temps : le Surcodage ramène toutes les qualités à l'opposition fondamentale Yang /Yin. Cela revient à jeter un voile sur toutes les qualités qui ne relèvent pas directement de ces oppositions, et sur les Objets en général. Du coup, beaucoup d'actions ne sont pas dites "conformes", ou si elles sont conformes, elles le sont en insistant sur les inégalités (par exemple, homme/femme, garçon/fille, citadin/paysan, avec papier/sans papier)

* 2ème temps : les flux différentiels capitalistes peuvent alors s'emparer de ces inégalités, les exploiter, les amplifier. Comme les autres Qualités, comme les Objets en général sont sont le "voile du surcodage", rien ne freine les cycles capitaliste d'extraction des différentes plus-values.

Ce schéma tente de figurer cet "effet de voile" :

jeudi 28 octobre 2010

Approche du capitalisme à la Chinoise

Bilan des messages précédents

Dans le message précédent, l'analyse des manuels expliquant "L'Art de la Chambre à coucher" s'est conclu par le constat d'une dissymétrie entre les Qualités et les Objets. Les Objets-femmes sont considérées dans leur spécificités singulières une fois que la relation sexuelle est cadrée par la manifestation de l'Autorité du Maître de maison.

Je propose ce schéma où les deux natures d'action (Action de préparation + Action Conforme) sont comme déformées par cette minimisation des différences singularisant les femmes.

Cette manifestation de l'Autorité masculine s'organise par la dichotomie entre le Yin et le Yang. Cependant, il apparait que l'union du Yin et du Yang est différente selon les sexes.

L'homme est conçu  comme double : il est pourvu d'un circuit magique féminin, qui double le circuit masculin de la semence. L'Homme est supérieur à la Femme, en tant qu'il est Homme et Femme, et donc capable d'enfanter un Enfant magique.

Cet enfant magique - qui est mâle - sert donc de norme à l'enfant réel enfanté par la femme. Cette norme magique explique pourquoi l'enfant fille est systématiquement dévalué dans la culture asiatique. Cette dévaluation va jusqu'à la destruction de l'embryon fille. Dans un précédent message, nous avons analysé ce mécanisme mis en scène dans le film " The HouseMaid ".

En compensation, il est proposé aux femmes une hiérarchie : première épouse, seconde épouse, première concubine, seconde concubine, etc.. Au sein de la Maison  du Maître, il est également proposé un jardin où est figuré l'Harmonie du Yin-Nature et du Yang-Énergie solaire. Les relations entre individus sont donc médiatisées par deux grands blocs très normalisés.

Voici un schéma synthétisant notre analyse.

Entrée en scène de Gilles Deleuze

Ce résultat de cette analyse m'a amené à évoquer la théorie de Gilles Deleuze qui distingue deux principaux régimes de fonctionnement des sociétés. L'un de ces régimes est caractérisé par le "Sur codage des codes et le contrôle des flux", l'autre régime par une "Multiplicité des codages et l'exploitation des différentiels entre flux".

Tout d'abord, ce que dit Gilles Deleuze du "Surcodage des codes" dans son cours de 1972 à Vincennes :

"Dans une société, il y a des chaînes à tous les bouts, il n'y a pas une seule chaîne, un signifiant majeur, c'est comme une bande où il y a des tas de trucs qui passent, puis un fragment intercepte un autre fragment; il y avait une chaîne, une chaîne signifiante, puis elle intercepte un fragment d'une autre chaîne signifiante.

Par exemple : il y a une orchidée et cette orchidée, dans sa fleur, elle forme un merveilleux dessin de guêpe, bien plus, elle forme les deux corps, bizarre, dans la chaîne phylogénique de l'orchidée, un tout autre fragment de chaîne est pris : une guêpe - il y a un biologiste qui s'occupe de ça et il appelle ça "évolution a parallèle" -, voilà que la chaîne signifiante de la guêpe où le code de la guêpe et le code de l'orchidée, tout d'un coup, se percutent. L'orchidée forme un dessin de guêpe femelle au point où la guêpe mâle se trompe et va sur l'orchidée croyant trouver une guêpe femelle. C'est un fameux court-circuitage, une fameuse interception de deux chaînes; je dirais que dans cette région, il y a une plus-value de code; c'est comme un code animé, une espèce de bio-code, y saute sur un fragment, d'un tout autre code, il se l'approprie, voilà que l'orchidée se met à faire des dessins de guêpe femelle.

Dans les formations sociales non capitalistes, la plus-value est une plus value de code. Par exemple, il y a une plus-value féodale, il y a une plus-value despotique."

Ce qui est étonnant, avec cette exemple de l'orchidée, est la similitude avec la conception traditionnelle asiatique de l'homme. L'homme asiatique est attiré dans son propre corps par la figuration d'une "image de femme".

Quel est l'enjeu de ce surcodage ? Il s'agit de maîtriser, d'éviter l'inondation.

"Toutes les formations sociales avaient cette peur là, que les flux se décodent et se déterritorialisent. La prière des formations sociales c'était : mon Dieu épargnez-nous le déluge, mon Dieu faites que quelque chose ne coule pas; et tout le désir était en jeu et tous les investissements libidinaux de la société étaient en jeu : faites que cet horreur ne se produise pas, faites que l'innommable ne se produise pas, à savoir des flux qui couleraient sans codes ou qui couleraient sans terres."

L'horreur de l'inondation









Le surcodage est une digue qui protège contre les inondations, la famine, la guerre, le pillage, le viol.


Le capitalisme : la multiplicité des flux

Gilles Deleuze propose une triangulation :
"Avec le capitalisme, quel est le grand renversement ? Avec le capitalisme il n'y a plus de plus-value de code.
Il y a une conversion de la plus-value : la plus-value cesse d'être une plus-value de code pour devenir une plus-value de flux. Une détermination du capitalisme ce n'est pas l'existence de la plus-value - car encore une fois elle existe avant - , c'est la mutation de la plus-value de code en plus-value de flux.
La plus-value de flux c'est le résultat du rapport différentiel entre différents types de flux.
* A  partir du travail humain, il y a un rapport différentiel flux de capital/flux de travail, qui est générateur d'une plus-value dite humaine
* A partir des innovations, il y a un rapport différentiel flux de marché/flux d'innovation, qui est générateur d'une plus-value dite machinique.
* A partir des revenus, il y a un rapport différentiel flux de financement/flux de revenus qui est générateur d'une plus-value dite financière."


Figurons cette triangulation des flux avec le schéma suivant :

 Dans le capitalisme, aux flux de base sont associés des flux vecteurs de différence. Par exemple, le  flux des innovations déplacent le flux des marchés des produits. Il faut que les produits meurent pour que d'autres produits arrivent.

Dans la société capitaliste, un flux est décisif : le financement de l'avenir. La thèse de Gilles Deleuze est provocante. Pour que le triangle se boucle, il faut que le financement se garantisse par une différence entre les territoires. Pour que la plus-value se fasse, il le capitalisme a besoin d'un nouveau territoire où le travail humain est exploitable à des coûts moindres.

Et dans les anciens territoires, le capitalisme a besoin de détruire ce qui a été construit. Le capitalisme a besoin de détruire les valeurs qui ont été construites.

Cette analyse a une force explicative lorsque l'on regarde la situation économique mondiale actuelle. D'un coté, des cohortes de travailleurs sont payés quelques euros en Chine, en Inde, au Brésil pour des conditions de travail éprouvantes, tandis que l'autre coté, l'Europe et les États Unis détruisent les emplois bien payés dans leurs usines.

Ce qui est stimulant pour la réflexion est la remise en cause des argumentations paresseuses : le progrès technique et l'innovation amèneraient le progrès social pour tous. Pas du tout : le flux de progrès est croissant pour quelques uns et décroissant pour tous les autres. Et les territoires élus par le progrès relatif tournent .. Par contre, ceux qui détiennent le pouvoir de financement s'enrichissent de plus en plus.

La Chine : le Surcodage par la tradition facilite la multiplicité des flux capitalistes

Il est difficile de contester la pertinence de cette analyse du capitalisme par Gilles Deleuze.

Par contre, je suis critique par rapport à son séquencement historique : d'abord il y aurait les sociétés du surcodage (société despotique, société féodale) puis viendrait la société de la multiplicité des flux (société capitaliste)

La Chine montre comment le surcodage culturel facilite la multiplicité des flux capitalistes. Pour qu'il y ait multiplicité des flux, induction de différentiel sur ces flux, il faut qu'il ait destruction de valeur. Or, il d'autant plus facile de détruire les valeurs que ces valeurs sont ignorées. Ou plutôt, pour parler comme les sociologues que les valeurs ne sont pas légitimes.

Considérons ces extraordinaires paradoxes :

- la Chine célèbre l'Art des jardins mais est un territoire ou la déforestation est la plus grande
- l'Eau est valorisé par le Dragon mais les rivières et les fleuves chinois sont pollués à des concentrations toxiques très élevées
- manger des plats sophistiqués en famille et avec des amis est un des grands plaisirs, mais les plantes, les viandes et les poissons sont bourrés de produits chimiques toxiques

Le lait est vicié par des hormones. Les jouets sont dangereux. Par défaut de soin dans la conception, les écoles s'écroulent, les ponts aussi. Les immeubles s'affaissent en cours de construction.




Les paysans venant construire les villes et les usines restent sans droits et habitent des baraquement de fortune. Des ouvriers fabriquant l'i-phone se suicident.

Des millions de paysans travailleurs et de femmes connaissent ce qu'en Occident on appelle la "la misère sexuelle" tandis que les "nouveaux riches" vont multiplier les jeunes maîtresses.

Le surcodage des valeurs revient à valoriser quelques valeurs et à ignorer les autres. Cela est d'autant plus facile que la Logique des Objets -  la confrontation avec le fonctionnement réel des Objets dans l'action - est esquivée.

Je pose l'hypothèse que la situation chinoise est aujourd'hui régit par un ajustement, par une mise en complémentarité entre le Surcodage en deux blocs et l' enchainement débridé des flux capitalistes.

Ce sera la matière de notre prochain message. Notamment, nous tenterons d'expliquer comment Deng Xaoping a repris la matrice culturelle traditionnelle, tout en la rendant compatible avec un capitalisme quasi sans brides.

mardi 26 octobre 2010

L'art de la Chambre à coucher : esquisse d'une théorie de l'efficacité

Dans un message précédent, nous nous sommes promenés dans un jardin magique. Magique en ce sens qu'il organise la rencontre entre le Yin et le Yang. Par exemple, un pont permet de passer au dessus d'un étang. Le pont figure le Ciel Yang et l'eau figure la Terre Yin.

Artiste d'origine indienne, Anish Kappor figure cette rencontre du ciel et de la terre dans le paysage urbain de Chicago.


Analyse de la force magique

Le but de la magie vise faire réussir une action. Se promener dans un jardin, rêvasser sur un pont, c'est réussir à faire fusionner en nous le Yin et le Yang. Le corps et l'esprit du promeneur accomplissent ce que suggère l'image du pont sur l'eau. Cependant, pour qu'il y ait force magique, il faut une formule, des mots. Dans le jardin visité à Foshan, un panneau nous invitait à s'installer sur le pont et à lire un poème. Lire un poème sur un pont surplombant l'eau : nous faisons vivre en nous l'Harmonie.

Il y a là la suggestion d'une théorie de l'action efficace. Notre action est réussie lorsque une image "pont/eau" guide notre corps et qu'un poème distille dans notre esprit la force de l'harmonie.
Cette action réussie suppose une double préparation : préparer les Objets afin qu'ils fassent "image" et préparer la Qualité afin qu'elle soit "formule se diffusant dans l'esprit". Cependant, cela suppose une succession de deux natures d'action : 1/ l'action de préparation et 2/ l'action d'accomplissement. Cela nous ramène au Tao/Dao qui met l'action sur la qualité de la marche dans la conduite de nos actions

Première esquisse d'un schéma de l'action réussie


Le Tao/Dao met l'accent sur la démarche. Quelle est la bonne démarche pour conduire l'action ? D'abord, il faut une finalité à l'action. L'action doit se donner une norme de jugement interne concrétisant la Qualité qui est visée.

Ensuite, l'action où apparait la Qualité visée doit être préparée par une ou plusieurs actions préalables. Suivre une démarche, ce n'est donc pas seulement enchainer des actions de même nature selon une mise en rang. C'est distinguer entre deux catégories d'action :

1/ l'action jugée conforme à la Qualité visée : "l'Action Conforme"
2/ la ou les actions de préparation du contexte de l'Action Conforme : nous nommerons ces action, "l'Action Préparation"

Préparer la réussite de l'Action Conforme, c'est mettre en place les Objets nécessaires à l'action et attribuer à chacun la Qualité facilitant l'Action Conforme.

J'introduis un schéma de base explicitant les relations entre Qualité Finale, Objet, Qualité de l'objet, Action de préparation, Action conforme, Sujet de l'Action conforme.


Ce schéma peut être complété par le positionnement de l'Image par rapport à l'Objet et de la Formule par rapport à la Qualité

Cependant, nous ne considérons la réussite de l'action que rapport à une Qualité Finale. Si nous exploitons les potentialités du schéma précédent, nous pouvons poser l'existence d'une Logique de l'Objet qui viendrait équilibrer la dimension qualitative.
De faon à équilibrer la Qualité, introduire en seconde dimension,  la Logique de l'Objet, permet de cerner la dimension du magique. Je fais l'hypothèse que l'efficacité magique ne s'appuie que sur la dimension Qualité et ne considère les Objets que lorsqu'ils sont les reflets des Qualités.

Le divorce de l'Objet et de la Qualité

Dans le jardin, arbres, pierres, constructions présentent des spécificités biologiques et physiques. Mais la logique de ces spécificités est minorée. Ce qui est retenu, c'est la capacité d'un arbre a se développer artistiquement dans une taille réduite, c'est l'apparence d'une pierre creusée par du vide.

Je ne cache pas une certaine lassitude  à la confirmation de l'union du Yin et du Yang à propos de n'importe quelle matière ou organisme vivant. A coté du Yin et du Yang, les chinois se donnent comme idoles d'autres qualités magiques : par exemple le chiffre 8.

On pourrait ici parler d'une passivité de la culture chinoise à propos de ces soumissions à ces images, ces formules, ces chiffres magiques.

A ma lassitude envers l'action magique, il apparait évident de m'opposer l'habileté technique des artisans chinois pour le passé, et l'essor technologique et économique de la Chine contemporaine pour le présent et le futur.

Je pose le diagnostic d'une dissociation. D'un coté, les logiques propres des Objets sont ignorées au regard de Qualités activées par l'action magique. De l'autre coté, les logiques des Objets sont découvertes par tâtonnements empiriques, par expérimentation. Le philosophe Gilles Deleuze qualifierait de schizophrène, de schizoïde la culture chinoise. Est qualifiée de schizoïde une personnalité qui est dissociée en deux personnalités distinctes, l'une ignorant le comportement de l'autre. 

Pour Gilles Deleuze, étant donné le diagnostic de la culture chinoise comme culture schizoïde, le développement actuel de économie chinoise dans la modalité du couplage socialisme/capitalisme serait absolument logique. Nous posons cette citation à titre de suggestion : " La production du Schizo, c'est la production fondamentale du capitalisme".

Cela reviendrait à dire que l'action magique faciliterait le développement du capitalisme. La croyance en la magie fait oublier les conditions concrètes de la production et de la consommation. A titre d'exemple, rappelons ce précepte du marketing : " la valeur (au sens de prix) d'un produit, c'est la valeur que lui attribue le désir du client ". C'est le désir créé par la marque qui fait la prix et non la valeur économique réelle. Ainsi, un jean fabriqué pour quelques euros dans un atelier chinois sera vendu plus de 100 euros dans une boutique européenne.

Dans un prochain message, nous reviendrons sur la schizoïdie de la culture chinoise et l'essor d'un capitalisme à la chinoise. En attendant ce message, je suggère cette transcription d'un cours de Gilles Deleuze : Discussion sur la schizophrénie

Pour aborder cette dissociation entre les logiques des Objets et le système de la Qualité Finale, nous revenons sur un sujet déjà traité plusieurs fois ici : la sexualité féminine, mise au service de la sexualité masculine.

Plusieurs fois, j'ai lu dans les manuels contemporains sur les techniques sexuelles de la Chine ou de l'Inde antique qu'elles étaient bénéfiques à la femme. Cette assertion est très discutable. On constate en fait que si la femme doit être excitée, doit s'exciter, il faut que cette excitation contribue à la satisfaction sexuelle du Maître et à la garantie d'une descendance légitime.

Je vais examiner comment les techniques sexuelles sont focalisées sur la Qualité et que les dimensions des Objets de l'action - ici le Maître de maison et ses femmes - sont réduites à des adaptations de détail.

La stimulation et l'encadrement de l'excitation féminine

Tenons nous dans le cadre de la maison chinoise traditionnelle. Dans cette maison traditionnelle, une des Qualités finales sera l'autorité du maître de maison. Cette autorité se concrétise par le comportement public de ses femmes et de ses concubines : discrétion, réserve, respect des rites. La culture chinoise pose que cette autorité naît au sein de la Chambre à coucher. Réussir ses relations sexuelles avec les femmes et les concubines, voilà une action conforme à l'autorité du Maitre de maison.

Est-ce que la Qualité demandée à la Femme est la soumission passive ? Pas du tout. La femme doit être une partenaire à part entière : son plaisir, son excitation sont nécessaire à l'excitation du Maître.

Dans les conseils prodigués par les traités de « L'Art de la Chambre à Coucher " il apparait deux formes de préparation de l'excitation d'une femme. D'une part, il y a l'excitation féminine dangereuse : c'est celle qui permet une emprise sur le Maître. En devenant la préférée du Maître, cette femme prend le pouvoir sur les autres femmes.

D'autre part, il y a l'excitation féminine légitime : celle qui permet aux partenaires de respecter les devoirs de l'épouse et du Maître au regard de la Tradition. La Qualité d'une excitation féminine particulière doit montrer qu'elle est similaire à l'excitation féminine en général.

Donc, la préparation selon le Dao de l'excitation d'une femme consistera à mettre sur le même plan toutes les excitations des femmes. Cela consiste pour le Maître de maison à montrer qu'il n'a de préférence pour aucune excitation féminine.

Ceci étant posé, des conseils existent qui traitent du "comment exciter une femme". Il apparait alors que les femmes sont des Objets distincts, car elles ne s'excitent pas de la même façon.

J'approfondis ici un des schémas précédent, focalisé sur la seule dimension de la Qualité en montrant qu'il y a deux formes de préparation :

1/ Une préparation par le choix d'une Qualité : comment donner à voir l'excitation d'une femme
2/ Une préparation par l'adaptation à un Objet : comment s'adapter à la façon dont une femme s'excite


Considérons maintenant les extraits suivants fournis par Robert Van Gulik sur « la Sexualité dans la chine ancienne ».

Dans le premier extrait, la préparation de l'excitation de la nouvelle femme arrivant dans une maison, consiste à neutraliser l'effet de son excitation sur le Maître. C'est une femme comme les autres, juste une femme de plus. La Qualité commune de l'excitation féminine en vue d'un Coucher conforme passe par le caractère public du rapport sexuel : les femmes de la maison assistent à la besogne.

«  A. Épouses et concubines occupent leurs journées surveiller tous les menus travaux du ménage Une fois qu'elles ont pris soin de leur chevelure, qu'elles se sont mis de la poudre et du rouge sur le visage, qu'elles ont fait de la musique et joué aux cartes, elles n'ont rien pour se réjouir le cœur hormis la charnelle compagnie. Aussi est-il du devoir de tout maître de maison éclairé d'acquérir une connaissance complète de l'Art de la Chambre à Coucher, afin d'être capable de donner satisfaction complète à ses femmes chaque fois qu'il s'accouple avec l'une d'elles ...


B. Au bout de la rue, côté est, vit un homme jeune et vigoureux, de mine imposante; ses femmes se disputent du matin au soir et ne l'écoutent pas. A l'autre bout de la rue, côté ouest, vit un grison qui marche le dos voûté; ses femmes font tout leur possible pour le servir et lui obéir. Comment cela s'explique-t-il? La réponse est que ce dernier connaît les secrets subtils de l'Art de la Chambre à Coucher, tandis que le premier en est ignorant.


C. Récemment j'ai entendu parler d'un certain fonctionnaire qui a pris chez lui une nouvelle concubine. Avec elle il s'est enfermé à clef derrière les doubles portes et ne s'est pas montré de trois jours. Cette conduite a exaspéré violemment toutes ses épouses et concubines. En vérité, voilà la mauvaise manière (de présenter une nouvelle femme dans la maisonnée). La bonne méthode, c'est que l'homme maîtrise son désir, et que sur le moment il n'approche pas la nouvelle venue, concentrant son attention sur les autres. Chaque fois qu'il commerce charnellement avec ses autres femmes, il doit dire à la nouvelle venue de se tenir au garde-à-vous à côté de la couche d'ivoire. Puis, après quatre ou cinq nuits de cet exercice, il peut s'accoupler pour la première fois avec la nouvelle venue, mais seulement en présence de son épouse principale et des autres concubines. Tel est le principe fondamental de l'harmonie et du bonheur qu'un homme souhaite pour ses appartements.»

 Ainsi, cela explique pourquoi dans les estampes chinoises, une femme ou plusieurs femmes assistent aux ébats de leur Maître avec une partenaire, et plus précisément prépare la partenaire au rapport sexuel. Par exemple, cette estampe.



On comprend que dans cette condition de publicité, l'excitation féminine peut être difficile à venir. Alors, les traités donnent des conseils pour s'adapter aux caractéristiques de chaque femme. Dans ce cas, la femme est considéré comme un Objet distinct d'un autre Objet. L'action n'est plus magique : elle passe par un questionnement empirique. Chaque femme a en effet besoin d'une stimulation qui lui est propre.

« Les sentiments de la femme se tiennent profondément cachés. Comment les éveiller et comment reconnaître qu'ils sont éveillés? Pour les éveiller, il faut suivre la méthode qui consiste à servir tout d'abord une liqueur légère à celui qui désire une boisson forte. Les femmes affectueuses, on doit les rendre plus tendres encore par de doux entretiens; on doit exciter les femmes avides par des présents coûteux; on doit allumer les libidineuses par la vue du membre en érection. Il n'est point de principe constant qui gouverne naturellement les sentiments de la femme : ce qu'elles ont sous les yeux n'a jamais de peine à les persuader.»

Concrétisons notre schéma par les deux extraits précédents :

 Des textes détruits et retrouvés, des textes survivants

A propos du second extrait, il faut souligner que les textes traitant de ces conseils pour la chambre à coucher sont des textes qui sont en fait des textes qui ont été détruits en Chine, et préservés au Japon. Ce sont des textes survivants. Apparemment, ces textes sont inconnus des chinois, des femmes et des hommes chinois.

Je pense que cette impossibilité de relire sa propre culture contribue à la méconnaissance des enjeux de l'évolution contemporaine de la culture chinoise.:

« …Examinons à présent le troisième traité Ming, le Tz' e-kin-koang yue-ta-hsien-hsieo-tchen-yen-yi, que l'on abrégera en Hsieo¬tchen-yen-yi. Le titre complet signifie : « Exposé de la Signification de la Culture de la Vérité, par le Grand Immortel de la Splendeur Pourpre et Or ». Autrement dit, l'auteur de ce texte serait TENG Hsi-hsien, qui écrivit le commentaire du Ki-ki-tchen-king.
Ce texte a survécu 1°, dans une édition originale Ming, tirée en bleu sur un long rouleau horizontal, et datée de 1598. Elle est conservée dans la collection de M. K. SHIBUI à Tokyo. - 2°, dans la réimpression japonaise Po-tchan-pi-cheng déjà men¬tionnée. - 3°, dans une copie manuscrite japonaise, sous la même reliure que le Sou-nu-miao-loen, analysé ci-dessus. - 4°, la réimpression en caractères mobiles, qui date de 1910, et qui contient aussi le Ki-ki-tchen-king.


« Le texte s'ouvre sur une préface signée de TENG Hsi-hsien, où l'on peut lire :
Sous la dynastie Han, dans la troisième année de l'ère Yuan-foug (c'est-à-dire 108 av. J.-C.), WOU Hsien offrit à l'empereur Wou le « Mémoire sur la Signification de la Culture de la Vérité », mais hélas l'Empereur ne put faire usage de ce livre. Voici le traité parvenu à ce siècle tardif. Tout un chacun, s'il peut mettre en pratique l'art ici exposé, ne serait-ce qu'un petit peu, fortifiera par là son corps et prolongera sa vie. Et s'il l'applique dans le dessein d'obtenir une descendance, il engendrera des enfants qui seront sages et qui se laisseront élever facilement. Toutefois, il y a certaines choses qu'il faut éviter, et d'autres qui sont tabou. Il faut commencer par en être au fait; c'est seulement ensuite que l'on pourra procéder selon l'ordre indiqué. J'ai formulé la signification de cet art en vingt chapitres, divisant le processus et établissant la succession correcte (de ces diverses étapes), de telle sorte qu'en suivant cette succession, on parvienne au résultat certain. Si l'on se tient fidèlement à cette succession, le bon résultat se réalisera sans faute. Les adeptes qui cultivent la Vérité posséderont cet art facilement.


Wou Hsien, « Le Sorcier Hsien », est un personnage mythique, visiblement confondu ici avec Wou Yen, dont le Sou-nu-king nous dit qu'il initia l'empereur Wou (cf. ci-dessus p. 178-179).


Les chapitres l et II de ce texte exposent ce qu'il faut éviter et ce qui est tabou, ainsi que la préface l'annonçait. Ils disent quelles sont les femmes avec lesquelles il faut éviter de commercer, et les circonstances qui ne conviennent pas à l'acte sexuel; par exemple quand l'homme est ivre, ou quand il se sent faible et las. Le chapitre III nous dit pourquoi l'Art de la Chambre à Coucher, bienfaisant aux personnes qui en possèdent les secrets, peut nuire aux personnes inexpérimentées, et même les tuer. Le chapitre IV campe la partenaire féminine idéale, et la désigne d'un terme spécial, poo-ting, le « Creuset Précieux» des taoïstes. »


Les chapitres V, VI et VII énumèrent les divers signes auxquels on connaît que l'homme et la femme sont dans la condition requise pour l'acte sexuel, et ressemble en ceci aux sections X et XI de l' Yi-hsin-fang.


Le chapitre VII expose les diverses méthodes par lesquelles on peut exciter la concupiscence de la femme, et en décrit les réactions. Ce passage s'ouvre sur un aperçu de la sensibilité féminine. »