mardi 28 septembre 2010

Immortalité et tourisme sexuel dans les montagnes chinoises


 La lecture de ce message est déconseillée aux jeunes de moins de 18 ans !

Visiter  les cimes : une pratique sexuelle ?

Un ami me fait connaitre un circuit touristique qui se nomme Montagnes célestes de Chine

Du 8 au 26 juin 2010, pendant 19 jours, voici le périple proposé aux touristes étrangers - mais aussi proposé aux touristes chinois, périple reliant quelques-unes des cinq montagnes taoïstes et les quatre montagnes bouddhiques :
  • Les grottes de Datong et de luoyang
  • Le Monastère Suspendu
  • Pingyao, la petite ville préservée dans ses remparts
  • Qufu, la ville de Confucius
  • La Montagne Jaune et sa Mer de Nuages
Voici l'argument de ce périple :
Depuis deux mille ans, les taoïstes, les bouddhistes, les ascètes et les poètes choisissent toujours la montagne pour échapper au brouhaha du monde, communier avec la nature dans sa splendeur et surtout tenir conseil avec les puissances à l’endroit où le ciel et la terre se touchent.

Voici une photo illustrant cette rencontre entre le ciel et la terre, proposée par le voyagiste.

Les montagnes sacrées de Wutaishan
Donc, la photographie prend la relève de la peinture pour maintenir une tradition vieille de 2 000 ans. L'immortalité nous semble résider ici selon deux formes. D'abord, il y a l'immortalité telle qu'elle existe partout dans le monde : les Cieux sont les Palais des Immortels. Accéder au sommet d'une montagne rapproche des Immortels.

Mais en Chine, l'insistance est mise sur le fait que les montagnes baignent dans les nuages, dans de l'eau. Le long des montagnes, autour des rocs Yang monte la sécrétion aqueuse produite par le Yin. Le renouvellement incessant des nuages symboliserait la capacité sexuelle des hommes "Yang" à se servir du féminin "Yin" pour atteindre l'immortalité.

L'immortalité comme fonction F(x) 

La précision s'impose. Comment se présente le résultat de la pratique sexuelle dite d'immortalité ?
 "L'Empereur Jaune eut deux mille cent femmes et devint immortel alors que de nombreux gens du commun n'ont qu'une seule femme et se détruisent la vie.

Cela veut dire que l'homme - symbolisé par l'Empereur jaune- accompagne l'orgasme de la femme par son un orgasme à la fois masculin et féminin. Comme la femme peut avoir plusieurs orgasmes d'affilé, l'homme - l'Empereur jaune - a également plusieurs orgasmes d'affilé tout en maintenant son érection.

Supposons que l'Empereur connaisse 50  a minima fois l'orgasme avec chacune des 2 100 femmes de son harem. Cela représente 105 000 orgasmes et autant de capitalisation d'énergie Yin.

Finalement, le potentiel multi orgasmique de la femme est minoré par rapport au potentiel multi orgasmique de l'Empereur . Si il s'agit d'une lutte entre les systèmes du Patriarcat et du Matristique, alors au plan sexuel le Patriarcat est vainqueur du combat.

Continuons à explorer la figuration de cette puissance multi-orgasmique. Voici à quoi ressemble l'orgasme féminin sur un axe orthonormé :

Quelle est la représentation de l'état du corps en cas de plusieurs orgasmes : c'est une série de pics précédés de d'un plateau et suivi d'un plateau.

Autrement dit, le microcosme sexuel du déroulement du rapport sexuel serait l'équivalent d'un voyage en montagne en Chine, où il y a alternance d'une traversée de plateau, d'escalade d'une cime, puis une descente , puis de nouveau traversée d'un plateau.


Ajoutons à cette vue d'un haut plateau des nuages, et regardons le paysage ainsi formé du point de vue d'un Immortel.

Nous obtenons ci-contre ce paysage de la peinture classique chinoise.



J'ai indiqué auparavant dans le blog que les plaques de marbre poli de Dali étaient antérieures aux peintures dites "montagnes et eau". De façon provocante, j'invite à considérer que le motif des "pierres de rêves" illustre la succession des orgasmes de l'Empereur.


 L'organisation de l'image, vapeurs jaunes secrétées au fur et à mesure des ondulations grises est une illustration fidèle des nuages de Yin baignant le Yang de l'Empereur.

Hypothèses et démonstration en images


Aussi, nous posons trois hypothèses :

1/ La fréquentation des cimes des montagnes baignées dans les nuages est une pratique sexuelle qui est l'équivalent de la pratique sexuelle de rétention de l'éjacula et d'exploitation des secrétions vaginales

2/ Dans la répétition des thèmes de l'ondulation et de la sécrétion des rochers dans différentes techniques artistiques (les plaques du marbre poli, les peintures "montagnes et eau", et maintenant les photos), il y a renouvellement de la supériorité du Patriarcat..

3/ La représentation idéale de la sexualité de l'homme  comme multi orgasmique, à la fois masculine et féminine expliquerait  la différence avec la représentation des sexes de l'homme et de la femme dans la peinture japonaise : sexes explicites et membre masculin sur dimensionné.

Comparons cette estampe érotique japonaise :

Estampe au Catalogue de l'Enfer de la BNF
et cette peinture "montagne et eau" où la dimension sexuelle n'est pas explicite au premier regard :

Regardons attentivement : tout d'abord, il y a des pics qui se caractérisent par des ondulations évoquant des "pulsations de montée virile". Voyons ce détail :


Il y a, à proximité de ce pic viril, un passage ombré entre deux pentes, qui évoque ce que les Poètes nomment usuellement la "vallée féminine" :


Et enfin, à condition de tourner son regard de coté, dans ce qui serait le passage d'un col, il y a une représentation du sexe féminin où un délicat clitoris s'élève au dessus d'une vulve ouverte, mise en valeur entre deux cuisses bien écartées :

 La figuration chinoise du sexe féminin est la fois explicite et codée : se préparer à l'étreinte est semblable à une marche dans un paysage. Comparons cette figuration symbolique avec cette estampe japonaise où le sexe féminin très explicite est replacé dans le contexte d'une étreinte qui n'est que possession physique.

Hokusai. Estampe érotique du "Monde flottant"

L'esthète attentif notera cependant trois motifs. Le panier pourrait symboliser le ventre de la femme comme potentiel d'enfantement. La robe de l'homme est ornementée d'une série de losanges. Chaque losange pourrait être une encoche symbolisant un orgasme féminin. Enfin, notons ce tissu orange qui s'écoule : ne peut-on pas y voir la profusion du flot féminin ?

A propos de la peinture chinoise en général et de la peinture "montagne et eau" en particulier

La peinture chinoise classique est dénommée en chinois 中国画 zhōngguó huà, peinture chinoise, ou 国画 guó huà, peinture du pays, en opposition à la peinture chinoise d'inspiration occidentale apparue au XIXe siècle. La peinture chinoise classique n'a émergé qu'après l'essor de la calligraphie chinoise sur papier de riz, dont elle est  intégralement issue.

Elle est considérée comme une branche - semi autonome - de la calligraphie chinoise, dont elle partage le médium, fondé sur les "quatre trésors du lettré" : le papier de riz, le pinceau chinois, le bâton d'encre, la pierre à encre (pour moudre le bâton d'encre et le diluer dans l'eau).

Elle se distingue d'autres genres de peinture chinoise, par exemple la peinture de fresques bouddhiques des cavernes de Dunhuang.

La peinture de paysages constitue le genre le plus « noble » de la peinture chinoise classique. Une peinture de paysage réussie trame avec élégance les conceptions micro et macro-cosmiques chinoises de l'univers.

Ce n'est pas un art figuratif d'après modèle, mais plutôt le précipité de l'état d'esprit du peintre, qui se met au travail après avoir préalablement visité la montagne dépeinte. Dans le cas de la peinture de paysages - "montagne et eau"  en chinois (voir l'article shanshui dans Wkipédia), l'harmonie des éléments yin et yang, le jeu des consistances atmosphériques, des strates géologiques, des textures rendues en noir et blanc, ont pour fondement une appropriation expressionniste de la nature très éloignée de la mimésis ou imitation formelle, de l'esthétique occidentale.

La conception confucianiste du monde transparaît également dans la peinture de paysages, ou les figures ou constructions humaines apparaissent en taille très réduite, situées dans un cadre cosmologique plus vaste.

lundi 27 septembre 2010

Luttes de pouvoir entre hommes et femmes : pourquoi les fœtus filles doivent mourir


 A propos du film "The housemaid"

La fiche technique
Acteurs
L'histoire d'un combat

Le film "The house maid" me parait exemplaire des luttes de pouvoir entre les hommes et les femmes, en Corée bien sûr, mais aussi dans la la culture asiatique.

L'histoire met en scène l'univers familial d'un homme riche et puissant. Il est marié avec une toute jeune femme qui attend des jumeaux. Une gouvernante régente la maison. La gouvernante est liée à la mère de la jeune femme

Arrive, pour s'occuper des futurs bébés,  une femme de chambre. Elle se laisse séduire par le mari, et vite, se retrouve enceinte.

Considérons l'image suivante : la gouvernante à gauche, l'épouse trompée à droite. Il est dommage que sur cette photo introductive, ne figure pas la mère de l'épouse de l'homme riche


En effet, le film met en scène comment les trois femmes - l'épouse, la mère de l'épouse, la gouvernante - se liguent contre l'intruse. Face à une une telle coalition féminine, l'homme - tout riche et puissant - qu'il soit, voit son pouvoir être neutralisé.

La gouvernante choisira de s'engager vers une conclusion tragique pour elle et son fœtus.

Les racines anciennes du pouvoir des femmes en Asie

Dans ce film, ce qui est en jeu est la reproduction, la légitimité de la reproduction. Par où passe la reproduction légitime. Un nouveau bébé, est-il légitime par sa conception par l'homme, ou bien par la femme ? Le film répond : le bébé légitime est celui qui est conçu par l'épouse, au sein de la famille.

Il y aurait eu, selon Marija Gimbutas, archéologue et anthropologue, dans les sociétés préhistoriques, un système qualifié de matristique qui ne se baserait pas sur une discrimination sexuelle, mais sur l'importance accordée au féminin. La femme incarne la reproduction de l'espèce et son espoir de pérennité dans une dimension temporelle qui n'était pas linéaire comme elle le devint avec le patriarcat, mais circulaire et cyclique où prend naissance le mythe de « l'éternel retour ». La femme est la Déesse mère.

Dans le cas d'espèce, un bébé née de la domination d'un homme riche sur une femme de chambre, est un bébé qui sortirait du cycle naturel, car marqué du "non-féminin".

On peut considérer que la culture du peuple Moso est une survivance de cet éternel retour du féminin

La culture Moso ou la Déitude des femmes

Les Moso (mosuo, ou mossuo) sont un peuple du sud de la Chine, localisé entre le Sichuan, le Yunnan et la frontière Tibétaine.  Leur système familial est dit matriarcal  :
• pas de mariage, ni de vie de couple : les enfants restent vivre chez leur mère toute leur vie.
• pas de paternité : les enfants sont élevés par les oncles.
• tout est transmis par la mère : nom, propriété...
• amours libres : chacun est libre d'avoir autant de relations qu'il le désire, et de changer quand il veut. Il n'y a pas de fidélité : "Chez nous, seuls les sentiments comptent. La situation de chacun n'entre jamais en jeu
• 
tabou de l'inceste : toutes relations intimes sont interdites entre membres d'une même maison.
• ils vivent en communisme familial : la propriété appartient à tout le clan familial, il n'y a pas d'héritage.

Ce sont les femmes qui dominent les affaires familiales, et d'habitude leurs familles sont harmonieuses.
Les hommes gardent par contre le pouvoir politique, et gèrent les affaires extérieures au clan.
On y prend bien soin des personnes âgées et des enfants, tandis que les bébés féminins et masculins sont aussi bienvenus les uns que les autres. Le taux de croissance de la population y serait le plus bas au monde : 0.78%.

Lors de son 50e anniversaire, l'ONU a donné aux Mosuo le titre de communauté modèle. Pourquoi? Parce qu'ici, selon des anthropologues, il n'y aurait pas de rapports de domination entre hommes et femmes, ni de ces querelles courantes dans les sociétés patriarcales concernant la propriété.

Les Moso n'ont pas ressenti le besoin d'inventer des mots pour parler de guerre, de meurtre ou de prison. Ils sont chamanistes-animistes-païens, mélangé avec le bouddhisme Tibétain de leurs envahisseurs. Ils vénèrent de nombreuses déesses-mères : Mère Lac Lu Gu, Mère Montagne Gun Mu... Ils portent le nom totémique de leur clan : Mère Arbre, Mère Tigre, Mère Serpent, Mère Aigle...

Le Chaman assiste les nombreuses cérémonies, tel le rite de passage à l'âge adulte des jeunes filles (13 ans) : la jeune fille prend possession des affaires personnelles de son arrière-grand-mère décédée qui se réincarne dès lors en elle.

la jeune fille possède désormais sa chambre personnelle ("babahuago" : la chambre des fleurs) où elle peut accueillir tous les amants qu'elle désire. La plupart des relations amoureuses restent secrètes. C'est toujours à l'homme de venir dormir chez son amante, jamais l'inverse. Ainsi la femme reste toujours en sécurité dans sa famille.

Le mode de vie des Moso est aujourd'hui menacé, car il entre en conflit avec la conception du pouvoir patriarcal des hommes chinois.

Quelques définitions autour du matriarcat et du matristique

MATRIARCAT (au sens ethnologique, cf "Etude sur les origines de la famille" de Paul LAFARGUE):
• matrilinéarité : toute transmission se fait par le sang maternel.
• matrilocalité : la vie sociale s'organise autour de la mère.
• avonculat : la paternité sociale (éducation) de l'enfant est assurée par son oncle maternel.

Les sociétés dites matriarcales se structurent en clans (grandes familles) collectivistes matrilinéaires, sans mariage, ni paternité génétique reconnue. L'enfant appartient au clan de sa mère dont est exclu le géniteur. Les enfants sont élevés par les hommes de leur clan (oncles maternels) et non pas par leur géniteur.

Il n'y a pas de couple, ni de fidélité, ni de jalousie, ni de possessivité, ni de violence sexiste, ni de prostitution. Les affaires internes à la famille sont plutôt gérées par les femmes, tandis que les affaires extérieures à la famille sont plutôt gérées par les hommes. La répartition du travail se fait au mérite. On parlera plutôt de système matri-centré ou matristique, car la mère n'est pas au-dessus mais au centre de la société.

C'est le premier système familial qu'aurait connu l'humanité. Son origine fut l'ignorance du lien entre la sexualité, le sperme et la reproduction. L'enfant est d'évidence conçu par la mère.

La réaction patriarcale ou pourquoi les bébés filles sont rejetés

On le sait : en Asie, le bébé fils est bienvenu, le bébé fille est regretté. Souvent, le fœtus fille est tué pendant la conception.

Voilà mon interprétation. Les hommes, défendant le pouvoir patriarcal, proposent un compromis : les femmes sont reconnues comme conceptrices en tant qu'elles reproduisent le masculin : le garçon. Lorsqu'elles reproduisent le féminin - la fille, elles se comportent en "résistantes", en combattantes de l'ancien pouvoir matristique.

Donc, rejeter les filles, c'est remettre les femmes à leur place de soumission.

PS : Lue le lendemain de ce message, cette dépêche Associated Press  fait état d'un ratio fille-garçon déséquilibré en Chine, de 119 naissances masculines pour 110 naissances féminines, ratio dû la pratique courante des avortements lorsque l'enfant à naître est une fille :


Cité par la presse officielle, Li Bin, chef de la Commission nationale pour la population et le planning familial, a tenu a mettre un terme aux spéculations selon lesquelles Pékin envisagerait, dans un avenir proche, d'alléger cette politique. "Nous poursuivrons cette politique de planning familial pendant les décennies à venir", a-t-il déclaré samedi lors d'une cérémonie visant à fêter les 30 ans de l'introduction de la politique de l'enfant unique.

En vertu de cette règle, les familles citadines doivent se limiter à un enfant et les familles de la campagne à deux. Si Pékin affirme qu'elle a permis d'éviter un accroissement de la population de 400 millions de personnes, elle a aussi donné naissance à de nouveaux problèmes.

Selon les démographes, il sera de plus en plus difficile de subvenir aux besoins d'une population âgée très nombreuse, alors que la population en âge de travailler va elle diminuer.

Autre conséquence de la politique de l'enfant unique, le ratio fille-garçon déséquilibré en Chine, où il est de 119 naissances masculines pour 110 naissances féminines, avec la pratique courante des avortements lorsque l'enfant à naître est une fille. Une situation qui pourrait compliquer la recherche d'épouses pour les hommes et alimenter le trafic d'êtres humains, selon les démographes. AP


L'énigme de l'absence de la femme Miao

Si près de la communauté

Dimanche 26 septembre, invité au festival de Paris du Film Chinois, j'ai vu le film Si près du soleil de la réalisatrice Chou Chou, originaire de la minorité Miao. Il n'y a pas d'histoire au sens moderne, mais un récit symbolique, à la façon des contes d'autrefois. Une femme - française - porteuse d'une maladie inconnue est recueillie dans l'eau d'un étang dans une montagne habitée par les Miao. Pour guérir cette femme, une famille puis la communauté Miao la prennent en charge. Gestes de cueillette de plantes pour la soigner. Gestes de dons pour aider la famille d'accueil à financer les frais d'hôpitaux. Gestes rituels pour inviter les esprits à lutter contre la maladie.

Communauté, partage, entre aide : voilà "le soleil" dont l'héroïne française se rapproche, par l'entremise de la culture Miao.

Quelques images du film sont fortes.
Admettons que la femme française symbolise dans ce film la maladie de notre civilisation moderne, y compris la civilisation chinoise. Ici, la succession des deux images suivantes, suggère que le peuple Miao possède les ressources pour soigner la maladie qui se loge dans la modernité.


Image de Si près du soleil de Chou Chou

Image de Si près du soleil de Chou Chou


Cependant, prenons le temps de considérer cette seconde image. Au milieu, la jeune française se baigne dans une eau nourrie des sucs des plantes de la montagne. Lui tenant la main, le médecin du village. A gauche, les enfants, grande fille et petit garçon. Au fond de l'image, à l'extérieur de la maison, tourné de coté, le père regarde la montagne.

Qu'est devenue la femme Miao ?

La question qui se pose est : où est la femme de la famille ? où est l'épouse du mari ? où est la mère ? Dans le scénario du film, la famille d'accueil n'a pas d'épouse, n'a pas de mère, et nulle explication, nul indice est donné sur l'absence de l'épouse, de la mère.

Des épouses, des mères, il y en a, on le suppose, dès que le film montre la communauté des femmes danser la danse du coq.


Femmes Miao dansant la danse du Coq  / Photo : Christian Girault (Kriss)

Je considère cette absence de la femme, de l'épouse, de la mère comme l'indice révélateur d'un symptôme, d'un déplacement au plan symbolique d'un malaise qui ne peut se formuler explicitement.

Au plan symbolique, la femme, l'épouse, la mère ne peut être figurée comme personne individuelle. Ou plutôt, elle est figurée comme l'absence. A sa place vient se substituer une femme d'un autre pays. Une femme d'un pays où les femmes ont des droits, d'un pays où les femmes sont réputées être les égales des hommes.

Donc, à un premier niveau d'interprétation, cela revient à dire que par rapport à une femme qui a des droits, l'épouse, la mère, la femme Miao est privée de ses droits. Donc, privée de ses droits, elle ne peut pas être représentée en tant que personne autonome. Quand la femme apparait, c'est sous la forme collective des femmes qui dansent.

La femme française est dite être "malade" de la civilisation moderne. Mais cette "civilisation moderne" peut symboliser le nouveau fonctionnement social et culturel des villes chinoises créé par l'essor économique.  Dans la nouvelle socio-économie chinoise, pour le film,  la femme chinoise serait symboliquement malade.

Egalement, le film suggère que face à cette maladie, les pouvoirs magiques de la communauté Miao sont tenus en échec. C'est dans un hôpital moderne que la maladie sera soignée. Conclusion du spectateur : "malade, la modernité doit se soigner par les outils de la modernité".

Ce film finalement ne fait que nous suggérer quelques traits culturels de la communauté Miao. Nous n'apprenons rien de précis sur les gestes quotidiens de la famille, sur le comment on fait à manger, le comment on s'habille, le comment on planifie le travail, etc..

Surtout, le film ne nous dit rien sur les activités où se fait la transmission traditionnelle de la culture Miao de la mère à la fille, transmission que nous allons décrire dans la seconde partie de ce message.

Dans le film, c'est le père qui éduque la petite fille. A un second niveau d'interprétation, au sein de la culture Miao, cela suggère que la petite fille ne peut plus compter sur "la Mère", qu'elle ne peut s'appuyer que partiellement sur la communauté des femmes, et que surtout, elle doit se construire par rapport à une femme moderne malade. Rude tâche !

Quelle maladie pour la femme chinoise ?

Mais que se passe-t-il donc pour la femme chinoise actuelle ? Pourquoi, comme nous l'avons vu dans le message précédent, une jeune fille est par principe une prostituée potentielle. Pourquoi l'homme chinois considère que dès qu'il a de l'argent, il doit respecter la coutume virile,  il doit se payer une "femme de compagnie", une "maîtresse" ?

Nous faisons l'hypothèse qu'il  y a aujourd'hui, en Chine, une bataille symbolique entre les hommes et les femmes. C'est une bataille où les hommes refusent l'égalité aux femmes. Bien sûr, cette bataille est d'autant plus violente dans les pratiques sexuelles.

La communauté des femmes - nous verrons plus tard les sources anciennes - est une ressource pour la jeune fille chinoise. C'est pourquoi cette culture communauté est contestée. Soumise au pouvoir de l'argent, la jeune fille chinoise devient la concurrente des autres femmes.

Aujourd'hui, les femmes chinoises de quarante ans qui vivnt dans les grandes villes se désolent : "L'homme chinois n'est pas capable d'avoir un sentiment amoureux. Il va juste apprécier la compagnie d'une jeune femme qui sera la marque de l'argent qu'il possède".

La culture Miao à travers ses broderies

Les Miao sont une minorité chinoise qui a poussée jusqu'à la perfection l'art de la broderie. Pour les femmes Miao, broder n'est pas seulement faire montre de dextérité, c'est aussi développer un véritable langage de motifs figuratifs ou abstraits, qui disent l'origine de leur peuple et ses relations avec l'univers. Selon la légende, les Miao étaient autrefois dotés d'une écriture...Ils la perdirent à jamais en traversant une rivière durant leur lente migration vers le sud. La broderie, comme le chant, est à présent l'expression de leur culture.

Jeune femme Miao présentant ses broderies / Guangxi

Dans le broderie Miao, le papillon est l'élément clef, avec l'oiseau Jiwei raconté dans les légendes Miao. Les compositions des broderies Miao ont toutes un caractère organique, elles célèbrent les métamorphoses permanentes qui mêlent l'humain, le végétal et l'animal : la queue d'un oiseau se change en rinceau de fleurs, des ailes poussent aux épaules des hommes, les poissons deviennent dragons. Le dragon a été emprunté, avec son symbolisme, au bestiaire chinois : porte-bonheur, il garantie le succès dans toute entreprise.

En général, les broderies sont effectuées sur des pièces à appliquer, rarement directement sur le vêtement lui-même. Ces pièces servent aussi de renfort contre l'usure et sont cousues sur les manches, épaules et bords de veste, les bas de jupes et de pantalons.

Le summum de l'art de la broderie Miao est utilisé à l'occasion de la réalisation de la jupe « aux cents plis », un costume de fête qui demande de trois à quatre ans de travail à une couturière



Les jupes aux "cents plis" font la fierté des femmes des minorités chinoises Miao, Buyi, Gejia et Yi, qui les confectionnent et les portent. Treize à quinze mètres de tissu de batik ou brodé sont nécessaires pour réaliser les quelques cinq cents plis de la jupe aux "cent plis".

La longueur varie de la minijupe de 20 cm à la jupe longue tombant sur les chevilles, mais elle est portée en général sur les hanches, non à la taille. C'est qu'une jupe est rarement portée seule lors des grandes occasions et que les 20 ou 30 épaisseurs superposées représentent un poids considérable.


Une fois la jupe confectionnée, on teint et brode le tissu , puis on le plisse en passant plusieurs fils. L'ensemble est glissé le long d'un panier en bambou ou d'un tonneau en bois, trempé dans l'eau puis mise à sécher à l'abri du soleil. On retire la forme, puis les fils, lorsque la toile est sèche. Une autre technique consiste à suspendre la pièce de tissu dans une perche de bambou avant de passer les fils à plisser. 

Le porte bébé traditionnel, une sorte de sac à dos brodé ou les femmes portent leur enfant est également l'occasion de raffinements techniques. Broderie et brocart, damas et appliqué, toutes les techniques de l'ornementation textile sont mises à contribution, transformant le vêtement en un sceau unique et chatoyant de l'identité d'un village.

Le savoir faire des couturières se transmet toujours de mère en fille, et il y a dans l'année toutes sortes d'occasion d'exhiber ses travaux d'aiguille.

vendredi 24 septembre 2010

La beauté absolue des nuages se reflétant dans l'étang


Le Dao est un signe double, combinant les opposés : la marche des pieds et les objectifs de la pensée. On pense avec ses pieds mais le rythme des pieds ne peut prendre sens que dans la pensée.

Il y a circulation entre les opposés. Donc, cette circulation engage des fluides où se font les transformations, les métamorphoses.

Face à un paysage, face à une image de paysage, les chinois que je connais vont qualifier de "beau" les paysages qui mettent en œuvre des reflets. Reflets de la montagne dans l'eau, reflets des nuages dans l'eau.

La Chine est un pays très vaste : dans le nord où le soleil étincelle, il n'y a pas de nuages, mais il y a un bord de l'eau permettant un reflet où la métamorphose se fait, du brun au vert.



Il y a aussi des arbres au bord de l'eau, proposant un jaune propice aux reflets brouillant la netteté des formes


Dans le sud de la  Chine, près du Vietnam, la météo est à la mousson, poussant de lourds nuages chargés d'eau. Loin des villes surpeuplées, nous découvrons un paysage de peinture traditionnelle : au pied des montagnes, un pécheur guide son radeau


Maintenant dans ce décor, considérons quelques touristes qui vite, vont se réfugier vers leur hôtel. La Nature, plantes et eau, s'impose de toute sa force.

Alors seulement deviennent possibles les paysages qui pour les chinois sont d'une beauté sublime. La mise en évidence des turbulences de l'air, soulignées par la géométrie d'un terrain de basket.


Et enfin, cette image, emblématique de la culture chinoise où les nuages se donnent leur reflet dans l'eau. L'eau se rêve dans le reflet du nuage, comme la montagne se rêve dans le nuage. Être double, nuée variable et reflet quasi insaisissable, le nuage est le médium des métamorphoses entre le rocher et l'étang, entre le Feu et l'Eau, entre Le Yang et le Yin.


Entre les opposés, le nuage est artisan des métamorphoses. On comprend que le sein de la femme est un "nuage" : sein nourricier, il est aussi appât qui déclenche le désir

La (triste) classification des femmes chinoises selon le sexe et l'argent

 Le glissement sémantique du terme " jeune fille" au terme "prostituée"

 Voici, extraite, du blog Marketing Chine une discussion très caractéristique de la culture chinoise. Il y a un flottement sémantique du mot "jeune fille" : Xiaojie 小姐. Plus qu'un flottement, il y un glissement en puissance du statut de "Mademoiselle" au statut de "Prostituée".

Une phrase du blog dit : " Une demoiselle « xiaojie » caractérise une prostituée".
Un lecteur réagit :
  1. Romain Says:
    Bonjour,
    Petite imprécision que je trouve lourde de conséquence puisque quelqu’un se sert de votre (bon) article comme source de Wikipedia.
    Si Xiao Jie peut désigner des prostituées, cela désigne avant tout des « Mademoiselle » et ce n’est pas une grossièreté. Dans un restaurant, si vous dites à la serveuse Xiao Jie ce n’est pas impolie ou maladroit. de plus dans les séries télé, les femmes vivant seules sont parfois nommées Xiao Jie… Sans que cela signifie qu’elles ont le rôle d’une prostitué.
    C’est surtout dans le Nord de la Chine, où l’utilisation est peut être à éviter. Enfin, si un chinois veut dire xiao jie pour désigner une prostituée il le prononcera d’une manière légèrement différente que « mademoiselle ».
  2. Marketing Chine Says:
    Bonjour,
    Xiaojie 小姐 dans toute la Chine est un terme qui caractérise les prostituées. Dans la Nord de la Chine c’est devenu impoli.
    Partant du principe que le mandarin le mieux parle de Chine vient du Nord…
    Je vous rejoins sur le fait que vous pouvez très bien vous adressez a une personne en lui disant son nom de famille puis xiaojie ou l’appelez Xiaojie, mais vous ne pouvez pas dire cette fille est une Xiaojie.
Ce glissement sémantique suggère que toute jeune fille est une prostituée potentielle. A ce glissement est associé tout un vocabulaire codé qui suggère différents degrés dans la réalisation de ce potentiel de prostitution.

Voici ces degrés que nous adaptons du texte consacré à ce sujet par Marketing Chine

L’étudiante Chinoise
L’étudiante, souhaitant alimenter sa garde robe. Elles sont de plus en plus nombreuses à faire ce genre d’expérience ponctuelle. Cela représente de l’argent facile. En effet, elles vivent avec 500 yuans par mois, ce qui représente 40 euros. Or, une jolie robe coûte minimum 300 yuans . La mode est beaucoup chère en Chine qu'en France. Le nombre d’étudiantes ayant une envie folle de consommer est, parait-il, en grande augmentation.
Cela ne dure qu’un temps, une fois leurs études finies elles reprendront une vie normale, avec un mari et un enfant, cachant leurs secrets de jeunesse.

La salariée
Elle a un travail, mais un salaire modeste, 2000 yuans. Ces jeunes filles travaillent dans un hôtel, un restaurant ou dans un magasin. Elles ont besoin d’argent pour leur famille, pour monter leur business ou pour couvrir des frais exceptionnels. Ponctuellement elles accepteront les avances d’un homme contre de l’argent. Elles peuvent aussi chercher une sorte de mécène ou un protecteur.

La beauté chinoise.
La jolie fille ou meinu, elle sait qu’elle a du succès avec les hommes. Elles ont un train de vie très important et peuvent dépenser 20 000 yuans par mois en petits plaisirs. En conséquence elles se font payer par leur(s)amant(s).

En général, ces filles ne vivent que dans l’instant présent, et ne se soucie que très peu de leur avenir. Elles trouvent en général un mari, ou un amant qui les alimente une partie de leur vie.

La fille travaillant dans le Divertissement (masseuse .. )

La fille issu du milieu du divertissement. Elles travaillent dans les milieux de plaisir, bains, salons de massage, KTV.
Issu d’une famille peu favorisée, elles sont abandonnées très jeune à la dure loi du travail. Elles commencent, en général, par ne pas vouloir vendre leur charmes. Leur paie est très faible, leur variable est ridicule. Elles touchent 1000 yuans par mois, et se rendent compte que leurs amies gagnent 10 fois plus. Petit à petit elles se laissent entrainer par leurs copines, et franchisse le cap. Elles travaillent comme cela plusieurs années, amassent de l’argent et puis arrêtent, change de vie.
Cet argent leur permettra d’acheter un appartement et de trouver un petit boulot. Elle attendront ensuite de tomber sur un mari qui veuille d’elle, pour fonder leur famille.

Les prostituées de métier.
La professionnelle. Ce sont des filles qui sont installée dans la rue très jeunes, et qui le restent toute leur vie. Elles ne sont en général pas très belles. Elles ne sont pas aidées par le destin car elles ne savent pas dans la plupart des cas pas faire autre chose et donc se contentent de leur dur travail, toute leur vie. Elles dépendent d’un protecteur qui leur demandent un pourcentage.

Les chinois estiment qu’il y a 3 niveaux de prostitution :
  • Le 1er niveau de prostitution ou prostitution douce fait référence aux femmes qui jouent le rôle de « secondes femmes » d’hommes riches et influents. Les femmes qui s’engagent dans cette pratique cohabiteront parfois avec leurs clients, et ambitionnent parfois de devenir leur épouse
  • Le 2nd niveau de prostitution, appelé baopo (包婆), fait référence aux femmes qui accompagnent des hommes d’affaires pour une durée déterminée, et reçoivent une rémunération pour leurs services, pour une rôle d'escort girl.
  • Le 3ième niveau, appelé santing (三厅), fait référence aux femmes qui offrent des actes et relations sexuelle avec des hommes en échange d’argent.

L'argent imposé au cœur de la relation homme femme

Aujourd'hui, en Chine, les différents degrés de prostitution sont caractérisés une association forte entre l'identité de la femme et sa dépendance à l'argent. Si la femme qui vend l'usage de son corps reste pauvre, elle ne sera jamais une "femme", elle restera identifiée par son statut social de prostituée. Si l'argent arrive par une autre source, la femme chinoise revient à la valeur première : fonder une famille, avoir un mari, élever un enfant.

Par contre, les hommes ne semblent pas donner la même importance à la famille, à l'amour dans un cadre familial, que les femmes. Les hommes sont dans une posture de recherche de prestige très traditionnelle : "plus j'ai de maîtresses en plus de ma femme, plus je serai considéré par les autres hommes comme "puissant".

Cette classification actuelle valorise la position de l'homme : c'est l'homme qui a l'argent. Mais en sous-entendu, c'est une disqualification de l'émancipation de la femme. Je relis cette classification ainsi :

- beauté, tu veux être une femme admirée et jouir de la vie : tu es à 100% dans la dépendance d'un homme riche
- étudiante, tu veux être jolie : chaque robe te coûtera la consommation ponctuelle de ton corps
- salariée, tu veux te constituer un petit capital : tu échanges ta disponibilité affective et sexuelle contre de l'argent

    jeudi 23 septembre 2010

    Le sexe selon le Dao : le respect des systèmes d'irriguation ?

     Je reviens sur cette remarque d'un lecteur : " la "petite inondation" est plutôt celle des sécrétions vaginales : elles apportent à l'homme force et longue vie, alors qu'au contraire l'éjaculation lui fait perdre sa force vitale et doit donc être peu fréquente." Cette recommandation vient d'une doctrine taoiste, d'inspiration magique.

    Petite analyse sémiologique du Tao ou Dao

    Le Tao / le Dao est une attention portée au mouvement, au rythme propre au mouvement. La mise en accord de l'esprit avec le mouvement d' un corps est guidante pour l'esprit. C'est dans le parcours du chemin que se trouve la règle à suivre.

    Dào est un mot de langue courante. Il signifie « route, voie, chemin ... » tout aussi bien que « dire, expliquer, ordre, règle, doctrine ... ». Il y a combinaison de deux caractères ou clés :
    chuò « mouvement », est une clé qui n'apparaît que très rarement seule. Elle se combine dans d'autres caractères, où elle apporte le sens à la fois de départ et d'arrêt. Cette clé est dans zhú « poursuivre, chasser ». Ce qui s'écrit maintenant , chuò, unifié par le mouvement du pinceau et la typographie actuelle, a été un assemblage de : « le pas », chì, , et « l'arrêt », zhǐ, . Les deux pieds symétriques paraissent très clairement dans de nombreuses versions anciennes du caractère dào. Le mouvement du Tao est une alternance, une marche.

    Shǒu, signifie « tête, chef ». Dans les inscriptions oraculaires, le caractère ressemble à une tête de singe, avec l'œil et les cheveux marqués. Sur les vases de bronze, il reste surtout des cheveux sur un œil, , . Dans le shījīng, le caractère signifie majoritairement tête, avec un occurrence traduisible par chef de clan, mais les mots pour rois ou empereurs sont différents.

    Application du Dao à la pratique sexuelle

    Il s'agirait donc, pour réussir sa sexualité, de se rapprocher du mouvement de l'eau dans le corps, en tenant compte des complémentarités entre l'Eau et le Feu. La force d’attraction et la recherche de l’autre pour s’harmoniser et s’équilibrer sera facilité par l'existence de deux polarisations Eau = Yin / Feu =Yang.

    "Les sages observaient l’équilibre des forces de la nature et trouvaient la même harmonie en eux-mêmes. ... " Le but du Tao sexuel est la jouissance et la santé de la femme et la vitalité de l’homme sans perte. A partir de déséquilibres spécifiques à chaque sexe, il s'agit d'atteindre l’équilibre par la pratique sexuelle.

    Le déséquilibre vient de l'homme qui est Feu car il génère l’énergie Yang chaude. La femme a le pouvoir de réguler l’homme car elle est Eau et donc au  génère l’énergie Yin froide. 
    Cependant, il ne s'agit pas seulement d'équilibrer le couple Homme /  Femme mais d'équilibrer l'Homme par rapport à lui-même, et la femme par rapport à elle-même". Quels sont les déséquilibres qui vont  être , quand vient l'excitation sexuelle, l'occasion de mise à l'équilibre dans l'Homme et dans la Femme ?

    Même s’il est Yang (Feu) à l’extérieur, l’homme non-stimulé sexuellement est Yin profondément (Eau ou sperme). Lorsqu’il est stimulé sexuellement, près de l’orgasme, il se transforme en Yang de Yang ou en Feu. 

    Même si elle est Yin (Eau) à l’extérieur, la femme non-stimulée sexuellement est Yang profondément (Feu ou ovules). Lorsqu’elle est stimulée sexuellement, en état d’orgasme, son énergie se transforme en Yin de Yin ou en Eau.

    Atteignant un niveau de conscience profond,  l’homme s'aperçoit posséder en son corps à la fois l’Eau et le Feu et ainsi il peut réaliser un équilibre interne parfait en harmonisant son Feu (Cœur-Esprit) avec son sperme (Eau-sexe). Il devient facile pour l’homme d’utiliser ces symboles Eau/Ying et Feu /Yang lorsqu’il connaît les détails spécifiques des pratiques suivantes :
    - retenir la semence;
    - déplacer les énergies sexuelles dans les canaux d’énergie;
    - comment échanger ces énergies avec une femme tout en conservant son pouvoir.

    Atteignant un niveau de conscience profond, également, la femme s'aperçoit qu'elle possède à la fois l’Eau (énergie des ovules stimulée sexuellement) et le Feu (Cœur-esprit).  Régénération et guérison  sont apportées à la femme lorsqu’elle sait :
    - arrêter les menstruations en recyclant les ovules ;
    - déplacer les énergies sexuelles dans les canaux d’énergie;
    - comment échanger ces énergies avec un homme.

    Le respect des systèmes d'irrigation

    Il me semble que l'interprétation symbolique réside dans l'analogie avec la maîtrise hydraulique : les secrétions vaginales pourraient s'assimiler à l'irrigation maîtrisée des champs, tandis que l'éjaculation brutale, incontrôlée, est telle une inondation brutale et destructrice - comment celles que nous avons connu dans le Sud de la France cet été.

    Regardons la photo suivante de villageois venus pique niquer "au bord de l'eau", sur un ilot. La rivière est une rivière de montagne. Une pluie dans une vallée en amont peut augmenter brutalement le débit et le niveau de l'eau. Constamment, les convives surveille le flot afin d'avoir le temps de regagner la rive.


    Si l'on suit cette interprétation de la pratique sexuelle préconisée par le Dao, voila comment elle fonctionne :

    Le moine taoiste interpelle le fonctionnaire  lettré comme le seigneur des armes et leur dit :
    " Pour augmenter votre force vitale, faites s'irriguer la femme qui symbolise la Nature". Et le moine enchaîne :
    "De même, lorsque vous prenez des décisions de gestion ou lorsque que vous faites des manœuvres militaires, préservez les systèmes d'irrigation, ne tuez pas les paysans"

     Voici la photo d'une rizière prise dans le sud de la Chine, près de la frontière avec le Vietnam : considérons la fragilité de cette digue, à la fois chemin, qui délimite les différents champs.




    « L’Empereur jaune coucha avec 1 200 femmes en une nuit, et il devint immortel ; les gens du commun ont une seule femme et se détruisent la vie. »
    — Ylang Zhiyaon, trad. Maspero.
    L'idée défendue dans ce blog est que, comme les autres techniques sociales, les techniques sexuelles sont une façon d'ancrer les valeurs sociales dans le comportement de l'individu. Le corps guide l'esprit ! Mais il faut faire un pas de plus : le corps guide l'esprit par le biais de la symbolisation. Le corps donne au symbolique sa force. Alors, équipée de cette force corporelle, le symbole oriente les émotions et les pensées.

    Si nous revenons à l'époque actuelle, comment apprécier cette annonce :http://fr.news.yahoo.com/57/20100916/tod-quand-la-wiimote-devient-un-sex-toy-99752b7.html  ?

    Mojowijo souhaite donner à la Wiimote une orientation pour le moins osée. Elle devrait se voir flanquer d'un godemichet vibrant pour madame et d'une sorte de pince pour que monsieur y glisse son sexe. Ces nouveaux ustensiles peuvent se connecter à la base du contrôleur de la Wii ou bien à un ordinateur. Les possesseurs de la console de Nintendo intéressés par ce nouveau produit peuvent le tester en phase bêta en s'inscrivant sur le site de Mowijo. Cette customisation de la manette Wii parviendra-t-elle à réconcilier les jeunes femmes qui reprochent à leur petit copain de passer des heures devant leur console ?
    La "technique sexuelle" de la wiimote sex-toy glorifie la technologie comme partenaire idéal(e) et vante les mérites du célibat.  N'est-ce pas faire l'éloge de l'égotisme et de l'indifférence envers "l'autre humain"  ?

    Quel avenir pour les relations entre les hommes et les femmes ? Nous proposons l'image suivante en réponse : un cheminement sur une eau pacifiée et pleine de ressources.

    lundi 20 septembre 2010

    Jade, Canard, Fleur, Nuage .. : codes de l'érotisme chinois

    Le codage érotique chinois, entre censure et plaisir subtil

    Depuis l'antiquité, les artistes chinois se sont attachés à créer et à reproduire de très nombreux symboles picturaux. Concernant la sexualité, aux époques où celle-ci fut victime de la censure, ce symbolisme fut utilisé pour évoquer l'interdit.

    Ce qui ne pouvait être écrit ou dit continua à être transmis d'une manière très subtile échappant aux censeurs qui, la plupart du temps, étaient des occupants, donc considérés comme des barbares.

    Ce symbolisme graphique se base, notamment, sur des homophones...le nom d'une fleur peut, par exemple la pivoine, représenter un tout autre caractère chinois, lequel n'est pas sans signification.

    Il s'agit, en quelque sorte, d'un code connu des seuls initiés capable de décrypter un message plus ou moins subtil et qui échappe au profane et plus encore à l'occidental.

    Un simple vase décoratif peut tout à fait se transformer, pour celui qui connaît les symboles employés, en un message très cru...sinon pornographique dans le sens occidental du terme. Généralement un motif décoratif comporte plusieurs éléments constitutifs permettant de construire une définition précise.

    Si une pivoine seule représente simplement la féminité, une pivoine jaune (Wang Hua Nu) (jeune fille vierge) butinée par un papillon (jeune homme libertin) est une invite très directe.

    Si la pivoine est en bouton la jeune fille souhaite simplement être courtisée.
    Si la pivoine est ouverte (cœur de fleur = xin hua = sexe féminin) c'est qu'elle souhaite que cela aboutisse rapidement !
    Le message se lit " attirer le papillon (Hu Die : jeune homme avenant et amoureux) avec le cœur de fleur ".

    Un peu de vocabulaire  !

    "La jeune fille joue de la flute de jade" : Allusion érotique de la fellation. Le prunier en fleur représente l'amant. Et le ruisseau qui coule la semence.

    Mais il est intéressant d'identifier les univers empruntés pour le codage.

    Il y a l'univers de la roche précieuse, le jade, roche associée à un travail de minutie par des artisans porteurs d'un savoir ancestral. Le jade évoque à la fois ce qui est précieux et travaillé avec soin.
    • " Jouer avec du jade " (Nong Yu) : faire l'amour ;
    • " Manipuler du jade " (Pin Yu) : cunnilingus ;
    • " Tige de jade " (Jeou Yu) : pénis ;
    • " Bouton de jade " (Pao Yu) : clitoris ;
    • " Perles de jade " (Changzu Yu) : sécrétions ;
    • " Porte de jade " (Men Yu) : vagin ;
    • " Flute de jade " (Xiao Yu) : fellation ;  
       Il y a l'univers des animaux de consommation  courante - poule, canard, anguille - qui servent à désigner des usages rapides à portée de main.
      • "Poule (Jinu)"  : désigne la prostituée
      • "Canard (Yadze) :  désigne le gigolo
      • " Anguille (Shan)" : désigne le pénis masculin ;
       Par rapport aux évocations littéraires que nous verrons après, ces mots désignent une peau brutalement dénudée, un corps réduit à la consommation, tout comme la peau et la chair d'une volaille qui vient d'être plumée et vidée de ses entrailles. Dans cette vue, plus d'atours gracieux, plus de charme, plus de magie.Plus d érotisme !


        La couleur "jaune" désigne tout ce qui a trait à la débauche, par allusion aux anciennes débauches impériales : seul l'Empereur avait le droit de porter des habits de couleur "jaune" :
        • " Fille fleur jaune " (Wang Hua Nu) est une vierge délurée ;
        • " Une anguille jaune" (Wang Shan) désigne un homosexuel ; 
        • " Livres jaunes " (Wang Shu) : littérature érotique ;
        • "Films jaunes" (Wang Ying) : films érotiques ;
        Les couleurs des fleurs désignent les différents statuts de la femme : de la retenue à l'excitation intense.
        •  "Fleurs de prunier dans un vase d'or" (Yin Ping Mei) : invitation à l'acte sexuel ou au marivaudage car titre d'un roman considéré comme érotique;
        •  " Cœur de fleur" (Xin Hua) (fleur ouverte, notamment pivoine rouge ou jaune) : sexe féminin
        • " Lotus rouge (Hong He) : sexe féminin
        • "Rose noire" (Qiang Wei) : poils pubiens ; 
        • " Filles-roses " ( Hong Niang) : prostituées ;
        • "Parfum de miel " (abeilles et fleurs) (Xiang Mi) : jouir;
        • Chun Hua (fleurs de printemps) :  films érotiques ;
        Par homophonie Ai Yang Hua signifie les " Fleurs (Hua) pour éduquer (Yang) l'amour (Ai) "
        Le terme " Ai Yang Hua " (Dessins de Ai Yang) désigna donc pour les lettrés, et pendant près de deux millénaires, les peintures et estampes érotiques.
        Encore de nos jours on désigne du terme " fleuri " (Hua) les lieux de plaisir... Un " bateau fleuri ", une " maison fleurie ", une " chambre fleurie " signifient tout simplement un lupanar flottant, un lupanar terrestre et une chambre de passe.


        Dans le même esprit des " fleurs dans un nuage de fumée " (Yan Hua Zhai) désigne un lieu apprécié des marins où se cumulent jeu, boisson et sexe.

        Le printemps, saison de la poussée vigoureuse des feuilles et des fleurs, est naturellement convoqué.
        • "Printemps (Chun)" " Images de printemps " (Chun Hua) : images érotiques ;
        • " Palais du printemps " (Chun Gong) : accessoires et objets érotiques par extension film érotique.
         Comme en Europe, le rouge est une couleur évoquant le sexe.
          • "Lanterne rouge" (Hong Deng) : lupanar ;
          • Lanterne rouge et papillon : club très masculin ;
          Dans la Chine antique, homosexualité et saphisme étaient acceptés, puisque tous ne pouvaient pas accéder à une relation de couple : les pauvres, les moines, les femmes dépendantes de leur famille, les femmes dans les "harems".Le vocabulaire est celui de la chasse, de la course, de la précision dans l'attaque.
          •  "Martin pêcheur tenant dans son bec un poisson" : relation homosexuelle ;
          • " Chasser le lièvre " rechercher un partenaire masculin ;
          • "Lièvre femelle "(Yin Tu) : saphisme ;
          Une référence, très littéraire, à l'homosexualité masculine trouve une expression très imagés dans le fait de " couper la manche fleurie ".En effet, un jeune prince, cité dans le " Livre des Odes " ou " Canon des Poèmes " (Shi Jing), un des grands classiques, préféra trancher la manche de sa veste de brocard sur laquelle son compagnon s'était assoupi que de le réveiller.

          Plus populairement une " veste fleurie " (Hua Shang) désignera donc un homosexuel quelque peu fortuné. Dans les Arts Martiaux il existe une injure particulièrement redoutable qualifiant de " Mains fleuries " (Hua Shou) les pratiques, et les pratiquants, un peu trop maniérés.
          " Mains fleuries et pieds qui tricotent - littéralement fardés - " (Hua Shou Sao Tui) demeurent, dans ce domaine, une ultime insulte.

          Avec un certain sens de l'humour les vieux Cantonnais désignent, entre-eux, les styles de " Kung Fu " du Nord, très démonstratifs, comme des " disputes de coiffeurs pour dames - ou ciseaux fleuris"

          Les positions érotiques sont décrites par référence à des figures à la fois végétales et animales, littéraires et picturales. Ici, plus de chair crue, mais magie des formes, des couleurs, des associations et des compositions subtiles.
          • "Lotus (He) et poisson (Yu) " comme une jeune fille et un jeune homme;
          • " Manger des cerises sous l'arbre "(Ying Tao Shu): faire l'amour ;
          • "Canards mandarins" (Yuan Yang) : l'une des trente positions classique ; 
          • "Licorne (Qin Lin)" l'une des trente positions classique;
          • "Martin pêcheur (Fei Cui)" : l'une des trente positions classiques ;
          • " Canards mandarins dans la rosée " : couple d'amants non mariés ; 
          • "Pies (Xi) avec bambou (zhu) et prunier" (Mei) : Homme (bambou) et femme (prunier) prenant du plaisir ensemble (deux pies) ;
           Enfin, vient le vocabulaire de l'Eau : brouillard, nuage, pluie
          • " Brouillard de nuage "(Yun Wu) : petit corsage ou soutien-gorge avenant ;
          • "Nuages et pluie" (Yun Yu) : faire l'amour ;
          • " Jeux des nuages et de la pluie " (Yun Yu Shi) : accouplement ;
          Les nuages sont de fait de vapeur d'eau. Des lacs et des étangs, l'eau monte  vers la cime des montagnes. L'Eau est force de vie, croissance des plantes et des fleurs.

          L'innovation taoïste de l'immortalité par le sexe

          Dans la pratique taoiste de l'acte sexuel, il est recommandé que l'homme retienne son sperme, sa "pluie". En Occident, on a surtout retenu le principe de la rétention. En fait, il ne s'agit pas tant de rétention que de modification de la sensation érotique.

          Il s'agit pour l'homme de laisser monter en lui l'Eau, le Yin, qui d'abord secrétions vaginales - perles de jade - va se transformer en nuages. Les taoïstes inventent pour l'homme un nouveau type d'orgasme qui donnerait un plus d' énergie à l'homme. Cet orgasme est conditionné par l'accompagnement par le corps masculin des vibrations répétées et répétées de l'orgasme féminin.

          Immortalité du plaisir féminin dit-on ! Les Grecs étaient effrayés par l'insatiable jouissance des femmes ! Encore ! Encore !  Lacan en fit le titre d'un séminaire consacré à la jouissance féminine.

          Les Grecs opposait à ce débordement féminin la "concision" du rapport entre deux hommes. Les taoistes ont été plus malins : inventer une technologie où l'homme récupère l'énergie féminine comme le moulin exploite l'énergie du flux de la rivière.

          Littérature érotique ou littérature poétique ?

          La tradition littéraire chinoise classique ou populaire d'avant les multiples interdits liés aux diverses périodes répressives caractérisant la période contemporaine, de 1644 à nos jours, ne pouvait se concevoir sans qu'il fut question de sexualité, donc d'érotisme. Il eut même été inconvenant de décrire la vie, les mœurs, les habitudes, fut-ce dans les relations historiques, sans traiter de ce sujet jugé essentiel à tout équilibre humain. Ce que l'on qualifie donc aujourd'hui de littérature érotique est donc simplement de la littérature.

          Le " Canon des Poèmes " (Shi Jing), l'un des plus grands classiques de la Chine antique donne amplement l'exemple en relatant de multiples odes poétiques dont l'érotisme n'est pas exclu.
          Cependant le goût de la métaphore amoureuse ne permet pas toujours à un non initié, et encore moins à un occidental, d'apprécier à leur juste valeur ces poèmes antiques. Cela les rend donc très difficilement traduisibles car il conviendrait alors d'utiliser un langage autrement plus cru que celui de l'original.
          Prenons quelques exemples simples dans le huitième chant du septième livre une jeune femme est censée presser son mari d'aller à la chasse et lui déclare
          " Le jour pointe, levez-vous seigneur et voyez si la nuit touche à son terme couvrant l'herbe de rosée. Courez bravement et décochez votre flèche. Si elle atteint le canard je vous l'assaisonnerai convenablement et nous boirons ensemble. Voici deux luth, kin et Che, tout respire la paix et la concorde. Quand je connaîtrai ceux dont vous cherchez l'amitié, si vous le souhaitez, je leur donnerai les pierres de prix suspendues à ma ceinture... "

          Le vocabulaire semble innocent pour le censeur mais la jeune épousée se livre à une description et à quelques propositions dont le décodage est très érotique.

          Dans le même ouvrage une jeune concubine tout à la joie de retrouver son amant déclare ingénument :
          " Mon seigneur est content, de la main gauche il tient sa flûte et de la droite il me fait signe pour que je l'invite dans ma petite maison.. Oh quelle joie ! "
          On se doute rapidement que les termes dissimulent autre chose qu'une simple scène publique de retrouvailles.


          L'un des premiers traducteurs occidentaux de cette œuvre, le révèrent père Couvreur de la Compagnie de Jésus, ne s'y trompait pas et ajoutait au français quelques fins commentaires en latin…

          De cette tradition poétique et littéraire proviennent les romans intimistes et les romans épiques les plus connus et les plus réputés qui étaient émaillés de scènes érotiques et de multiples conseils sur l' " Art de la chambre à coucher ".

          Parmi ces romans, qui furent très populaires, on peut citer " L'histoire d'une femme très belle " (Mei Jen Fou) de Seu Ma Xiang Jou (117 Av JC) récit poétique d'une courtisane pendant la dynastie Han ; " La cavalière noire " ("Er Nu Ying Xiong xuan Juan ", histoire d'une héroïne très libérée et férue d'Arts Martiaux qui recherche son égal tant dans les arts du combat que dans l'art de l'amour (XIIeme siècle) ; " L'histoire non officielle du Jardin de Bambous " relatant l'usage des anciens manuels de la chambre à coucher ; " Ombres de fleurs sur l'écran de voile " (Ko Lien Hoa Ying )

          Les plus connus, par ailleurs traduits en français, demeurent le " Jing Ping Mei " ou " Fleurs de pruniers dans un vase d'or " traduit également par " Lotus d'Or " ; le " Jeou Pou Doan " ou " Tapis de prière de la chair " ; le " Hong Lou Meng " ou " Rêve du Pavillon Rouge " sans oublier le fabuleux roman épique et picaresque " Shui Hu Zhuan " " Au bord de l'eau ", traduit par Jacques Dars et publié à la Pléiade.

          Tous ces romans, dans leurs éditions originales ou tardives étaient émaillés de planches illustrant le propos et que l'on pourrait qualifier de grivoises. Le qualificatif de roman érotique ou, à plus forte raison, de roman pornographique ne s'impose donc que d'un point de vue occidental quelque peu puritain.

          La symbolique érotique en Chine : de la vie à l'immortalité

          Dans ce blog, nous évoquons les symboles de " la fleur ", de " la pluie ", de " la pierre ", du " nuage ".  Ces symboles sont utilisés en Chine pour coder les pratiques sexuelles : ainsi l'expression "les jeux de la pluie et des nuages".

          Ou bien pour les imager. Par exemple, ci-contre : " La jeune fille joue de la flute de jade" : allusion érotique de la fellation. Le prunier en fleur représente l'amant. Et le ruisseau qui coule la semence "

          Mais notre approche insiste sur la dimension sociale, communautaire donnée à ces symboles dans la culture chinoise traditionnelle.

          Par exemple, la " pluie " est le symbole de l'eau comme énergie nourrissante des plantes. Et par ses conséquences, la "pluie " est également le symbole de la Loi sociale. Sans eau, pas de nourriture, pas de société civilisée : les personnes s'entretuent pour le peu de nourriture qui reste. Mais, trop d'eau, c'est également la catastrophe. Il n'y a de société heureuse qu'avec la régularité. Ainsi, un conte chinois raconte les conséquences des comportements de  " débauche " de quatre Rois dragon qui ignorent leurs obligations sociales.


           Conte : "Plusieurs dragons ne s'occupent pas bien des eaux"

          "Quand ils s'ennuyaient, les rois dragons sortaient de leur palais et faisaient des tours sur les nuages. Craignant que la poussière du monde ne salisse leurs habits, ils faisaient tomber des pluies torrentielles pour laver la terre, tant et si bien que les rivières débordaient, que les champs étaient inondés, les terres rendues stériles, les maisons détruites et beaucoup d'êtres humains et d'animaux étaient décimés. Quelle misère dans le monde ! 

          Quelquefois, pendant deux ans, pas un roi dragon ne sortait de la mer alors sans pluie ni récolte, nombreux étaient les gens qui mourraient de faim".  


          Régler la nature, régler le plaisir charnel

          Ainsi, dans " les jeux de la pluie et des nuages ", " la pluie " n'est pas seulement un signe codé du liquide séminal ou de la sécrétion vaginale, c'est une invitation à considérer les pratiques sexuelles selon la Loi sociale : perpétuer la société en donnant  vie à des enfants,, mais aussi en respectant les règles et la nature.

          " L'art de la chambre à coucher constitue la somme des émotions humaines, il renferme la Voie Suprême. Aussi les sages de l'antiquité ont-ils réglés les plaisirs extérieurs afin de réfréner les passions intérieures. Celui qui sait régler son plaisir charnel se sentira en paix et atteindra un grand âge. Les anciens ont donc étudié et commenté le plaisir sexuel afin de régler par là toutes les affaires humaines et de se conformer à la nature des choses et des êtres. "
          Commentaire de conclusion d'une  liste de huit ouvrages comprenant en tout 191 rouleaux manuscrits traitant de "L'art de la chambre à coucher" et datant des Han antérieurs (206 avant J.C/8 après J.C).

          Pour les lettrés chinois du temps jadis, la sexualité, était perçue comme l'une des activités humaines essentielles permettant le plein épanouissement de l'individu dans la société.

          Si les Bouddhistes pouvaient émettre quelques restrictions à cette conception très naturiste de la vie, Taoïstes et Confucianistes étaient, malgré leurs oppositions, en accord avec ce principe. Les Confucianistes considéraient, en effet, que l'harmonie familiale, donc du couple, était à la base de l'harmonie de l'empire.
          De plus la procréation d'une descendance permettant d'entretenir, au travers des multiples générations, le culte des ancêtres, fondement du rituel (Li), la sexualité ne pouvait que trouver une place importante dans la hiérarchie des valeurs privées sinon publiques.

          Le bon équilibre physique, énergétique, psychique et magique de l'empereur lui-même était lié à l'accomplissement de sa sexualité. Certains des plus grands empereurs entretenaient à cet effet plus de huit cent concubines et une immense partie des palais leur était réservée.

          L'empereur se devait, également, de remplir ses devoirs avec la prestance liée à sa fonction et disposait donc de multiples conseillers, de multiples ouvrages, de multiples pratiques et de multiples potions pour conserver son rang de " Fils du Ciel " ou de " Dragon Jaune".



          Étant censé donner l'exemple jusqu'en bas de la pyramide immense que constituait depuis toujours le peuple chinois, ce système se reproduisait, à moindre échelle dans toutes les hiérarchies sociales. Un " homme d'une seule épouse " était alors considéré comme un indigent ou un marginal.

          De leur coté, en réaction à ce système, les femmes chinoises furent probablement les premières à constituer des sociétés, presque des syndicats, dans lesquelles elles revendiquaient le droit d'user de leur corps en dehors d'un harem.

          Ces sociétés de femmes, souvent très puissantes, bien que fonctionnant sous le mode des sociétés secrètes, possédaient un statut presque officiel. Par conséquence logique l'homosexualité féminine des " sœurs-amies" ainsi que la contraception médicale étaient considérées comme un simple fait social.

          Ce phénomène des sociétés féminines chinoises, proche du mythe des amazones, puisque bon nombre des adeptes pratiquaient à haut niveau les Arts Martiaux, trouva une matérialisation caractéristique jusque dans la création d'une forme d'écriture secrète le " Nu Shu " (littéralement écrit de femme). Cette écriture secrète ne fut découverte qu'en 1950 dans le Hunan et ne commença à être décryptée qu'en 1982.

          Parallèlement, la brèche ayant été largement ouverte par ces sociétés, l'homosexualité masculine ne suscitait que très peu d'opprobre jusque dans les milieux religieux où elle avait justement tendance à se développer et à alimenter de multiples commentaires plus ou moins compatissants.

          La société chinoise traditionnelle demeurait donc très libérale en ce qui est de la sexualité sous ses aspects les plus divers à l'exception d'un interdit majeur considéré comme un " crime inhumain " sanctionné par la peine de mort : l'inceste.

          Donc, si on prend comme référence la Chine impériale d'avant la conquête mandchoue et à plus forte raison la Chine antique on se rend rapidement compte que la sexualité faisait partie intégrante de la société, de la littérature, de l'art pictographique, de la médecine. et même, de la philosophie classique puisqu'elle participait de l'art de la longue vie et de la recherche de l'immortalité.

          Lorsque la sexualité est naturellement considérée, ce qui était le cas en Chine, comme un moyen d'épanouissement personnel elle entre tout aussi naturellement dans le cadre des " pratiques de santé " qualifiées d' " Art d'entretien de la vie " (Yangsheng) susceptibles de prolonger l'existence. De tous temps, sauf aux périodes répressives, les médecins chinois, chargés de la santé de leurs patients, se sont donc attachés à formuler de judicieux conseils sur ce fameux " Art de la chambre à coucher ".

          Pour les Taoïstes, la sexualité permettait de prolonger l'existence et était l'une des portes vers l'immortalité. Ils mirent au point de multiples méthodes destinées à conserver, entretenir, favoriser, accroître le " principe vital" lors de relations sexuelles liées à l'alchimie interne (NeiDan). Dans cette optique l'homme et la femme possédaient leurs propres méthodes ainsi qu'un important éventail technique dont on a malheureusement conservé la vision restrictive et limitée de rétention du sperme et de l'éjaculation.

          Dans ces "Jeux des Nuages et de la Pluie"(Yun Yu Shi ) l'adepte tentait, par le moyen sexuel, de reproduire avec un, ou une partenaire les phénomènes macrocosmiques de la création et de la mutation. Une particularité essentielle de ces pratiques est qu'elle ne concernaient pas, comme on tente encore de le faire croire, uniquement les hommes qui auraient, alors, considéré leur(s) partenaires féminines comme de simples moyens d'aboutir à leurs fins.

          La sexualité des femmes, un sujet dificile

          Les textes concernant la sexualité féminine dans cette recherche de l'accomplissement, s'ils sont nombreux, n'ont malheureusement pas suscité, jusqu'à une époque très récente, le même intérêt pour les sinologues que ceux concernant la sexualité masculine.


          Lorsqu'il s'agissait de pratiques concernant l'homme on les qualifiait de pratiques taoïstes de longue vie tandis que celles destinées aux femmes se retrouvaient le plus souvent classées dans les curiosités plus ou moins pornographiques.Par exemple, l'image ci-dessus montre comment une femme - une servante - prépare une autre femme à faire l'amour. Est-elle une " servante  coquine " ou bien apporte-t-elle l'assistance sécurisante d'une "grande Soeur " ?

          Voici un exemple significatif de la volonté d'ignorer la dimension féminine de la sexualité. Les fouilles du tombeau de Mawangdui, réalisées en 1973, qui ont livré un très important matériel archéologique, attestent que la Marquise de Dai, inhumée en 194 avant notre ère, avait souhaité être accompagnée de ses ouvrages favoris. Parmi ceux-ci on retrouve plusieurs versions du Yi Jing (Livre des mutations), un traité de médecine des méridiens (Maishu), un traité de gymnastique (Yinshu), un traité de pharmaceutique (Wanwu), un traité sur la morpho-physionmie des chevaux (Maxingwu), un traité sur les nuages (Yunwu) et un important traité sur l'art de la chambre à coucher (Fang Neiwu) qualifié par les archéologues chinois d'" Art vénérien " (Xingjaode).

          Si presque tous les autres ouvrages ont été traduits et mis à la disposition des chercheurs chinois et occidentaux, ce dernier ouvrage demeure bien sagement dans les cartons du musée local. On sait donc que cette marquise pratiquait la diététique, la gymnastique taoïste, étudiait le Yijing et s'intéressait aux chevaux et aux nuages, était très portée sur l'art poétique, appréciait les objets de valeur. On ne sait rien par contre de son intérêt pour la sexualité !

          Les "manuels de sexe"

          Plusieurs traités ou "manuels de sexe", datant pour la plupart de l'époque des Han antérieurs (206 av. J.C. / 8 apr. J.C.) n'ont cessés d'être publiés jusqu'à la dynastie Xing (1644).De fait, la plupart qui nous sont parvenus datent de la dynastie Sui (581-618) et continuent à être considérés comme des classiques :
          • "Classique des Méthodes secrètes de la Fille de Candeur " (Sou Nu Pi Tao Jing),  
          • " Recettes de la Fille de candeur " (Sou Nu Fang ),
          • " Prescriptions secrètes pour la chambre à coucher " (Yu Fang Pi Jiua),
          • " Principes pour nourrir la vie "(Yang Sheng Yao Ki)...

          De cette période datent les définitions poétiques des fameuses postures. Le Maître Tong Xuan en définit une trentaine :
          " Union étroite ", " Dévidage de la soie "," le Dragon qui s'enroule ", " le poisson aux quatre yeux ", " le couple d'hirondelles ", " l'Union du martin pécheur ", " les canards mandarins ", " les papillons voltigeant ", " les canards renversés ", " le pin aux branches basses ", " les bambous près de l'autel ", " la danse des deux phénix ", " le phénix et son poussin ", " le vol des mouettes ", " la gambade des chevaux sauvages ", " le coursier au galop ", " le cheval qui piaffe ", " le tigre blanc qui bondit", " la cigale collée à l'arbre ", " chat et souris dans le même trou ". 


          Par la suite un chapitre de sexologie (Fang Zhong Che Fa) (Traité de la Chambre à coucher) complétera l'immense majorité des encyclopédies médicales.

          Depuis la fin de l'époque Tang (618-907) et jusqu'à la fin de l'époque Ming (1368-1644) ces divers traités obéiront à une structure commune et comporteront :

          1/ des remarques préliminaires sur la signification cosmique de l'acte sexuel. Au niveau du microcosme humain celui-ci représente l'union du Ciel (Yang) et de la Terre (Yin) au travers de la montée des nuages (Yun) et de la descente de la pluie (Yu). Cette union cosmique ou sexuelle représente donc l'unité dans l'harmonie des contraires.

          2/ des considérations sur le mécanisme et l'importance des sécrétions liées à l'acte sexuel. Qu'il s'agisse de l'homme ou de la femme elles sont issues de l'énergie du souffle (Qi ou Ki) qui se transforme en essence (Jing ou Tching) laquelle produit l'esprit (Shen). Elles constituent donc l'essence vitale profonde du corps mais influent profondément sur le psychisme. De la bonne ou de la mauvaise utilisation de cette essence vitale dépend non seulement le bien-être personnel et du couple mais également la santé, la vitalité et la capacité de prolonger le vie.

          Cela ne veut pas dire, suivant cette tradition fortement teintée de taoïsme, qu'il ne peut y avoir de longévité sans chasteté complète. Au contraire, celui ou celle qui sait utiliser à bon escient cette essence vitale non seulement n'en souffre pas mais en tire avantage. Il est souvent rappelé que l'Empereur Jaune eut deux mille cent femmes et devint immortel alors que de nombreux gens du commun n'ont qu'une seule femme et se détruisent la vie. Il est donc conseillé d'éviter l'acte sexuel dans diverses occasions...lorsqu'on est fatigué, lorsqu'on a trop mangé ou trop bu, lorsqu'on est en colère ou abattu, lorsqu'on a des soucis, lorsqu'il y a de l'orage, de la tempête, du brouillard intense, des perturbations climatiques liées aux périodes lunaires ou aux taches solaires, à certaines périodes de l'année lorsqu'il fait trop chaud, trop froid, trop sec ou trop humide...etc.

          3/ des descriptions sur les manœuvres préliminaires et les différentes positions du coït à proprement parler. La satisfaction personnelle et celle de la ou du partenaire est le but recherché. Ces descriptions s'accompagnent de nombreux conseils avisés généralement délivrés sous la forme d'exemples poétiques.

          4/ des explications plus ou moins succinctes sur l'aspect thérapeutique de l'acte sexuel comportant ou non des pratiques d'alchimie interne, basées sur la rétention, destinées à " faire revenir l'essence au cerveau ". Ge Hung (Ko Hong) 281-361), un médecin taoïste, auteur du Baopouzi (Pao Pou Tseu) " l'Art de la chambre à coucher" est souvent cité : l'acte sexuel, s'il ne peut à lui seul amener à l'immortalité, est une excellente panacée contre la plupart des maladies et la déchéance physique.

          5/ diverses recettes de pharmacopée liées à la sexualité : recettes fortifiantes, recettes aphrodisiaques, recettes pour les jeunes mariées et les femmes enceintes, techniques prophylactiques, formules contraceptives et abortives, adjuvants sexuels...etc
          Ci-contre un "Charme" (Fulu) sous la forme d'un papier ou d'un tissu à  brûler puis à dissoudre et à faire boire à l'amant fatigué ...

          6/ A partir de la fin de l'époque Song (960 1279)apparaissent, enfin, divers tabous sexuels généralement limités à l'inceste, à la pédophilie et à la zoophilie.

          Le saphisme est traité sans rigorisme puisque le Yin peut être dépensé sans trop de risque.De même pour la plupart de ces ouvrages, l'homosexualité masculine n'est pas décriée pour la simple raison que la perte de yang entre deux partenaires masculins demeure minime.

          Quelques ouvrages, plus rares, traitent de perversions sexuelles comme le masochisme et le sadisme en se gardant bien, par ailleurs,d'apporter une considération morale et en se bornant à relater les dangers encourus lorsque les choses vont trop loin.

          Destinés aux classes favorisées, ces encyclopédies médicales avaient une grande liberté de propos. De leur coté, les paysans disposaient d'un almanach illustré, édité sous la responsabilité de l'empereur, qui ne manquait pas de promulguer divers conseils qui étaient également très crus.

          Mais aujourd'hui ...

          La Chine que nous connaissons la mieux en Occident est une Chine contemporaine officiellement prude. C'est le résultat de trois siècles d'interdits, de restrictions, de contraintes, de pressions et de violences.

          Depuis 1644 et jusqu'en 1912, la sexualité fut soumise à la domination Qing (Tsing) de l'ethnie Mandchoue puis des puissances occidentales particulièrement répressives en ce qui concerne une vision importée et souvent religieuse de la morale.

          De 1912 à 1949 elle subit la férule de multiples seigneurs de la guerre, souvent des intégristes de tous poils, de conquérants brutaux et étrangers dont le moindre mal était le viol de masse et la prostitution forcée. Les Japonais ne furent pas les derniers à se comporter en brutes sauvages.

          Depuis 1949 le régime politique au pouvoir n'incite pas à "la libération sexuelle des masses populaires laborieuses" ...

          Les Chinois de Jadis considéraient comme un art majeur, car développant la puissance de vie " l'Art de Chambre à coucher ". La répression et l'humiliation des femmes transforma le naturel en interdit et le louable en dés avouable. L'érotisme devient pornographie qui circule sous le manteau .

          Les anciennes pratiques impériales de nature magique réapparaissent dans les classes dirigeantes. La jeunesse des femmes était réputée donner l'immortalité. Maintenant, un homme riche, en plus de sa femme légitime, entretient une ou plusieurs maîtresses plus jeunes. Ou bien, l'homme riche reste célibataire afin de recruter régulièrement une maîtresse plus jeune que la précédente. Beaucoup de femmes de 30-40 ans se désespèrent : "nous sommes trop vieilles pour intéresser un homme".

          Plus classiquement, le nombre de femmes mesure le pouvoir. Récemment, après une dénonciation pour corruption, Xu Qiyao, dirigeant du Bureau de Construction de la province du Jiangs aurait confessé avoir plus de 100 maitresses ! Les pots de vins servaient à loger, nourrir et habiller ses maîtresses.